par Michel Korinman

27 février 2026

Il faut saluer l’intelligence avec laquelle certains journalistes européens enregistrent les leçons de Donald Trump à l’Europe. Bien sûr, ils ne peuvent s’empêcher d’arborer une posture de praeceptor mundi, donnant à la première personne des conseils au Président américain : « À tout prendre, si j’avais à choisir aujourd’hui entre une intervention diplomatique américaine pragmatique fondée sur l’”art du deal” et une expédition militaire néoconservatrice nourrie par le rêve de “la victoire du bien sur le mal”, je choisirais assurément la première »[1]. Et le même de chapitrer supérieurement son interlocuteur imaginaire quant aux interventions occidentales « humanitaires » (guillemets de l’auteur) en terre d’islam au XIXe siècle lesquelles « auront certainement tendance à se poursuivre au XXI e siècle  : « Moi je pense que les dirigeants occidentaux seraient désormais bien avisés de ne les lancer qu’après avoir rempli simultanément trois conditions. Premièrement, avoir sous la main un pouvoir de remplacement crédible…Deuxièmement, être certain d’offrir aux populations qu’on vient aider une situation qui soit meilleure après notre (?) intervention militaire qu’avant…Troisièmement, être sûr de ménager ses intérêts à moyen et long terme ». Trump n’a qu’à bien se tenir : « C’est le cœur qui parle quand on veut intervenir à l’étranger contre une dictature opprimant son peuple. Mais la raison nous rappelle qu’il y a pire que la dictature : l’anarchie. Et pire que l’anarchie : la guerre civile »[2]. Mais trêve de critique facile, nombre d’observateurs lesquels distinguent soigneusement le fond (appréciable), de la forme (insupportable) admettent aujourd’hui « que tout n’est pas négatif dans l’action du Président américain sur la scène internationale » ; au Moyen-Orient et plus généralement en terre d’islam, Washington « a incontestablement renforcé la main américaine » ; en Extrême-Orient, la première ministre japonaise Sanae Takaichi « ouvertement pro-Trump et soutenue par lui » l’a emporté ; dans l’Indo-Pacifique, le président s’est réconcilié avec le premier ministre « du pays le plus peuplé du monde » ; en Amérique latine, « la gauche bolivarienne s’écrase désormais devant Trump de même que les leaders du Brésil et du Mexique ont renoncé à le défier ; ce « zélateur de la doctrine Monroe » veut l’imposer de l’Alaska à la Terre de Feu[3] : « On ne peut pas dire qu’il ait échoué dans cette ambition ». Même s’il n’a pas pour le moment réussi à faire la paix entre Russes et Ukrainiens, « il demeure le seul médiateur crédible aux yeux des belligérants » ». Remise à l’endroit : « Dans le bilan international de Trump, il y a davantage de chantiers en cours que de réalisations terminées. Mais il est absurde de prétendre qu’il s’agit là du bilan d’un clown ou d’un roi fainéant »[4].

Mais filons le raisonnement et suivons le leader US sur toute la ligne. Ne peut-on imaginer qu’Américains et Israéliens, passés maîtres en duperie, se sont mis d’accord au futur antérieur sur une attaque des premiers avec soutien des seconds une fois la « patience » du Président épuisée par une longue séquence d’avertissements chaque fois accompagnés de périphrases trumpiennes où point l’insulte, elles-mêmes destinées à « provoquer des provocations » ?[5] De feints désaccords, interminablement épluchés par les analystes, n’ayant eu d’autre fonction que de faire diversion ; y compris lors du dernier passage précipité de Benyamin Netanyahou à Washington le 11 février (prévu initialement le 18) avec mise en scène théâtrale de ce qui allait se révéler un alignement réciproque et une concordance même tactique (rien de fortuit)?[6] Un formidable bluff ! Une extraordinaire manœuvre de poker menteur, en quelque sorte !  Une volonté de « terroriser les terroristes » (d’État) en les plaçant devant un dilemme à peu près insoluble. Ou bien ils capitulent et renoncent à la fois à leur programme nucléaire militaire, à une bonne partie de leur arsenal (reconstitué) de quelque 3 000 missiles balistiques (+réduction du rayon d’action de ceux-ci)[7] et au soutien (armement, entraînement et financement) des proxys régionaux ; mais dans ce cas le régime perd toute légitimité (indépendamment des substitutions aisées de personnages au pouvoir comme au Venezuela). Ou bien ils s’obstinent et vont au choc frontal avec une perspective d’effondrement allant jusqu’à la disparition physique ou un procès de type Nuremberg. En montrant qu’il reste favorable, dans la mesure du possible, au dialogue ouvrant sur la première hypothèse, le Président trouve un bénéfice collatéral à l’intérieur : satisfaire la base Make America Great Again (Maga) qui est en grande partie hostile à tout engagement et en particulier à celui-ci qualifié par certains comme ressortissant plus des buts de guerre israéliens que des intérêts de l’Amérique (Trump pantin de Netanyahou)[8]. Probablement la dernière main de ce redoutable joueur qu’est le Président et l’ultime chance pour les Iraniens : Téhéran a jusqu’au jeudi 26 février 2026 pour présenter aux Américains une proposition sérieuse sur le nucléaire[9]. En tout cas, les forces américaines veulent d’abord encercler le pays dont les routes maritimes et aériennes d’approvisionnement et d’exportation seront bloquées et la population poussée irrésistiblement à reprendre une révolte avec les réactions de terreur brutale qui malheureusement s’ensuivront ; ensuite frapper très fort de façon à éviter une relance par les gardiens de la révolution (l’armée idéologique du régime)[10]. Sans qu’on dispose naturellement des plans de bataille détaillés ; selon Cbs (TV) Trump aurait dit à Netanyahou en décembre 2025 que si l’on n’arrivait pas à un accord avec l’Iran, il accorderait son soutien à des raids israéliens contre le programme balistique de Téhéran[11].

Mais Trump, tout comme le premier ministre israélien, a une vision. Son immense projet, à l’échelle géopolitique de la chute du mur de Berlin, est de transformer le Moyen-Orient en une région stabilisée par la combinaison de la start-up nation israélienne et d’une des meilleures armées du monde,Tsahal, avec un ex-empire iranien (perse) redivivus de 93 millions d’habitants – moyenne d’âge de 34 ans et quelque 75% d’urbains largement formés – débarrassé de la théocratie.

Les pays du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Oman) et la Turquie anti-israélienne qui ne tient pas à l’émergence d’un tandem rival (et supérieur) qui s’est proposée comme médiateur[12] ont évidemment mis en garde Washington devant une escalade incontrôlable au Moyen-Orient[13]. Un plaidoyer articulé sur des promesses d’investissements colossaux et d’appui à Gaza, mais surtout plusieurs arguments : crainte d’un dérapage et d’un embrasement dans une région déjà explosive qui feraient fuir les investisseurs ; perturbation du trafic pétrolier dans le golfe Persique entre l’Iran et ses voisins arabes (environ 20% des livraisons mondiales de pétrole) ; chaos consécutif à une chute du régime des mollahs[14]. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont du même coup (théâtralement) interdit leur espace aérien à une opération militaire contre Téhéran. En réalité : « Les autocraties de la région ne veulent pas d’une démocratie de 90 millions d’habitants au Moyen-Orient, qui constituerait un exemple menaçant pour leur modèle autoritaire »[15]. D’autant que le pays risque une déislamisation déjà largement en marche : sur un échantillon représentatif de la population, 32% s’identifient comme musulmans chiites, 22% comme « sans appartenance », 9% comme athées, 7% comme spiritualistes et 6% comme agnostiques[16]. De même que les monarchies redoutent la constitution d’un axe Jérusalem-Téhéran, une alliance stratégique du nouvel Iran avec la puissance désormais hégémonique (guerre des Douze-Jours de juin 2025) dans la région. Leur préférence des monarchies va donc à un Iran théocratique maintenu en l’état mais affaibli.

Il n’empêche que dans l’optique de Trump/Netanyahou la nouvelle géopolitique du Moyen-Orient associerait les pays arabes « modérés » dont la réconciliation avec les mollahs reposait en réalité sur une crainte des pulsions agressives de Téhéran[17] et où l’empire familial du Président (la marque Trump) réalise de juteuses opérations. Semblable vision constituait un horizon que le leader US devait logiquement concrétiser. Pour trois raisons essentielles ; l’Amérique et le monde ne sauraient tolérer le bain de sang qui les a pétrifiés ; le contexte géopolitique dans le monde n’a jamais été aussi propice ; sauf à couper « la tête du serpent », les mollahs menacent de terroriser durablement et profondément l’Occident.

  • SOS Iran

Il faut être António Guterres, Secrétaire général des Nations unies, pour adresser le mardi 10 février 2026 une lettre à Massoud Pezeshkian, président « modéré » de la République islamique, dans laquelle il présente ses félicitations « les plus sincères » à l’occasion du 47ème anniversaire de la révolution islamique ; et d’ajouter que les journées nationales permettent de réfléchir sur le parcours d’un pays, son rôle et ses contributions dans la communauté internationale, ainsi que sur les idéaux qui façonnent son avenir[18]. Notons que la FIFA ne s’exprime même pas, que le CIO déclare avoir des contacts mais s’emploie surtout à faciliter la présence des athlètes iraniens, que le Comité International Paralympique (CIP, IPC) se contente de veiller à la santé et au bien-être des participants sa constitution lui interdisant de réclamer des sanctions[19]. Or, le gigantesque massacre organisé par le régime dès les 8-9 janvier 2026 a pris des proportions insupportables pour une grande partie de la communauté internationale alertée par des vidéos terrifiantes : des chiffres allant de plus de 30 000  victimes (statistique en constante évolution établie par un collectif de médecins fiables) à 94 000 (Ong)[20] contre 3 117 annoncés par les loyalistes convaincus ; le guide suprême Ali Khamenei invite par ailleurs à employer tous les moyens ; ce sont le mitraillage des manifestants à bout portant, les rangées de sacs noirs, les assassinats dans les hôpitaux perpétrés par les miliciens (les blessés qui le peuvent évitant les urgences), la punition des médecins « coupables » d’avoir dispensé des soins, les rançons exigées pour récupérer les dépouilles (3 000 à 10 000 euros), l’incendie du bazar historique de Racht (capitale de la province de Guilan au nord-ouest du pays) où s’étaient réfugiés les manifestants pour échapper aux tirs puis ouverture du feu contre ceux qui tentaient de fuir les flammes, la planification des faits par le pouvoir, coupure d’internet (+ chasse aux terminaux Starlink )[21] et du téléphone (massacre à huis clos), les arrestations d’entrepreneurs et de personnalités réformatrices, la censure totale des médias, l’emprisonnement d’activistes (le prix Nobel Narges Mohammadi)[22]. En outre Ali Khamenei reconnaît les assassinats mais en impute la responsabilité aux États-Unis, les médias pro-régime alimentant les rumeurs d’infiltration de l’étranger (Israël et le Mossad), ce qui s’applique justement en revanche aux bandes libanaises (Hezbollah), irakiennes et afghanes spécialement mobilisées par le pouvoir à fins de répression ultra violente ; dès lors qu’ils ont enrôlé Dieu dans leur camp (celui de la piété contre les pécheurs et les apostats), les mollahs qui campent sur le messianisme apocalyptique s’arrogent le droit de vie et de mort sur leurs concitoyens/sujets et tiennent l’élimination de nombre d’entre eux pour une nécessité théologique[23]. Donald Trump qui avait, dès le début du soulèvement, encouragé les manifestants iraniens à « prendre le contrôle des institutions », leur promettant que l’aide était « en chemin » peut-il, faute d’y perdre toute crédibilité, donner la préférence à une négociation et à une solution provisoire permettant surtout au régime de temporiser une fois de plus et « risquer le même échec que celui qui avait clos ses pourparlers nucléaires avec Kim Jong-un, le dictateur nord-coréen lors de son premier mandat ? »[24]. Un témoin désespéré et troublé se lamente : « Un jour Trump nous annonce que l’aide arrive. Un autre qu’il est prêt à négocier avec le pouvoir. Un troisième jour encore, il prévient : le temps est compté ! Puis, il dit qu’il espère ne pas avoir à frapper. On ne peut pas ainsi jouer avec des millions de vies ! »[25]. Comme s’en explique le chercheur iranien Ramin Jahanbegloo dans une tribune de The Indian Express, les conséquences d’une abstention « munichoise » seraient terribles : non seulement un énorme sentiment d’abandon chez les Iraniens, mais un feu vert pour une autre vague de massacres[26]. D’autant que le régime a beau convoquer sa base clientélaire (quelque 10% de la population ?) et des employés de l’État lors de grands défilés et enterrements de ses agents pour montrer qu’il a, dans les mots de son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, « la situation sous contrôle[27]. Les observateurs ont souligné la répartition passablement uniforme des manifestations sur l’ensemble du territoire : les grandes villes comme Téhéran, Machhad (ville natale de Khamenei !), Tabriz dans le nord-ouest, la grande cité kurde de Kermanchah dans l’ouest, Chiraz au sud-ouest, le centre religieux de Qom, jusque dans les villages perdus[28]. De même que les explosions déclarées comme provoquées par des fuites de gaz par les leaders iraniens se sont multipliées du 31 janvier au 6 février 2026 sur le territoire : deux fois à Bandar Abbas, soit le plus grand port d’Iran et centre commercial majeur sur le détroit d’Ormuz au bord du golfe Persique, Ahvaz au sud-ouest, Parand petite ville à la périphérie de Téhéran, Saveh au centre-ouest dans la province de Markazi, Tabriz, Qom, Nowshahr dans la province de Mazandaran[29]. Une majorité de la population – bazar, couches défavorisées, femmes, jeunes, ethnies, donc en termes bourdivins une conjugaison de forces (nécessaire selon les sociologues pour que puisse advenir une révolution)  – hait le régime des mollahs (Paul Salem du Middle East Institute)[30]. Au constat de fragmentation de l’opposition et de danger de chaos[31] le fils de l’ex-chah d’Iran, Reza Pahlavi, très populaire au sein du soulèvement même si son « opération retour » divise les manifestants, qui a appelé Trump le 9 janvier à intervenir, s’adresse à tous les mouvements d’opposition dont il souhaite qu’ils se liguent et répond à travers son Iran Prosperity Project en trois phases : état d’urgence de façon à garantir la continuité des services pendant les 180 premiers jours ; stabilisation ; processus constitutionnel et élections. Il est prêt à conduire un gouvernement de transition. De même qu’il confère aux Iraniens le droit de choisir entre république et monarchie[32]. Très impressionnante, la manifestation gigantesque organisée à Munich le 14 février 2026 : 250 000 personnes à l’appel du comité The Munich Circle[33]. Les Iraniens et le monde n’auraient pas compris que Donald Trump n’intervienne pas.

  • Opération « ciel radieux »

La situation n’a jamais été aussi favorable à une seconde approche militaire du problème iranien. Déjà certains commentateurs s’ingénient à établir une liste des pays susceptibles de participer à l’opération[34]. D’abord les cousins britanniques sous forme du soutien opérationnel : partage du renseignement, appui aérien limité, présence navale dans le Golfe ou encore participation à l’interception de missiles et de drones iraniens visant Israël ou des intérêts occidentaux, Londres disposant notamment de moyens aériens positionnés à Chypre et cooopérant étroitement avec le commandement américain. Avec ses quatorze chasseurs Typhoon actuellement déployés à Chypre (une centaine de soldats britanniques en Irak) déjà intervenus contre des attaques de missiles contre Israël après le 7-Octobre, « ces appareils pourraient être utilisés pour protéger les troupes britanniques d’attaques de drones ou pour bombarder des groupes alliés de Téhéran » (Londres ayant auparavant mené des raids contre les houthistes du Yémen)[35]. D’autres pays européens de l’Otan offrant un appui politique ou logistique, mais se limitant à une participation indirecte pour des raisons de politique intérieure et de risques de représailles iraniennes[36]. Ensuite la Jordanie, laquelle pourrait jouer un rôle discret (sans s’exposer publiquement) mais crucial, notamment en matière de défense aérienne et de renseignement[37] ; l’Arabie saoudite et le Qatar ayant refusé que leurs bases soient utilisées dans des opérations y ont été stationnés : des avions furtifs F-35 et F-32 capables de pénétrer les défenses aériennes iraniennes ainsi que des chasseurs F-15 et F-16 prépositionnés, tout comme des avions ravitailleurs et des avions de transport lourds permettant de mener une campagne aérienne prolongée, sans compter l’arrivée dans la région d’avions radars Awacs nécessaires pour coordonner des opérations aériennes de grande ampleur[38].Vient s’ajouter à la liste l’Azerbaïdjan, État frontalier de l’Iran qui entretient des liens étroits avec l’État hébreu.

Bien sûr Donald Trump, pressé par le lobby anti-guerre des monarchies du Golfe et par Netanyahou, a arrêté à la  mi-janvier 2026 une frappe sous prétexte que les mollahs auraient interrompu les liquidations de masse tout en continuant d’affirmer que toutes les solutions restaient sur la table[39]. Or, les Israéliens ont justement changé d’avis. Ils cherchaient jusque-là à reconstituer leur stock de munitions (guerre des Douze-Jours du 13 au 24 juin 2025), craignaient que le dispositif défensif des Américains dans la région ne permette pas d’assurer la protection d’Israël, ne tenaient pas à « apparaître comme l’architecte d’une contestation iranienne », évitaient toute prise de parole offrant au régime des mollahs « l’ennemi extérieur dont il a besoin pour se ressouder », et surtout ne croyaient pas à la chute rapide d’un régime affaibli n’étant pour le moment pas en position de l’attaquer[40]. Ils avaient donc retenu Washington en janvier. Ce n’est plus le cas. En février ils ont désormais inquiets d’un accord américano-iranien au rabais, d’un compromis limité au nucléaire, « sans contraintes réelles sur les missiles balistiques ni sur l’architecture régionale de l’Iran » dont l’objectif majeur reste la destruction pure et simple de l’État hébreu. En février 2026, sachant qu’il a déjà obtenu par le passé « des inflexions majeures » lors de ses entretiens avec Donald Trump, il plaide pour une réponse forte : démantèlement durable des capacités nucléaires, limitations drastiques du programme balistique, réduction massive du soutien aux proxys. « Un coup militaire écrasant » susceptible de transformer le Moyen-Orient au bénéfice de Washington et de ses alliés »[41]. Et Tsahal d’interpeller la population iranienne, l’invitant à suivre exclusivement ses canaux officiels et à se méfier des comptes usurpés : communication rare par-dessus la tête des mollahs[42].

Les puissances supposées favorables à l’Iran n’ont pas la capacité ou la volonté de lui venir en aide[43]. D’abord la Russie. Pour Moscou le dossier ukrainien reste primordial et on y a besoin de la mise en scène russo-américaine, voire de la manipulation des Ukrainiens par Washington désireux d’un reset impérial russo-américain pour arriver à une situation où les Russes récupéreraient l’intégralité du Donbass (y compris le territoire encore tenu par les Ukrainiens) et même, encore mieux, parviendraient à installer en Ukraine un régime contrôlé par eux ; la Russie ne peut envisager de combattre sur deux fronts. Grand acquéreur de drones iraniens, elle livre, avec beaucoup de retard (janvier 2026), des hélicoptères d’attaque M-28 ; elle honorera son engagement de livraison de 48 avions de chasse Su-35  jusqu’en 2028 ; et on évoque celle de chasseurs Su-30MK[44] ; et puis il y a « la construction, en coopération avec la Russie, de plusieurs centrales nucléaires dans le sud du pays est dans les tuyaux » ; de même pour celle de la ligne ferroviaire Racht-Astara (sur les rives de la mer Caspienne, « maillon essentiel du corridor commercial nord-sud, souvent vanté par Poutine » (liaison Russie-ports de l’océan Indien). Certes, elle suit avec appréhension les événements d’Iran. Mais lors de la guerre des Douze-Jours elle a bercé Téhéran de rhétorique : « Le Kremlin a maintes fois démontré sa propension à abandonner ses alliés si la situation venait à dégénérer »[45]. Quitte à ce que le pilier méridional du triangle stratégique avec la Biélorussie à l’ouest, la Corée du Nord à l’est et l’Iran au sud s’effondre[46]. Constat identique ailleurs : les Russes (chez qui s’est réfugié Bachar el-Assad, bientôt rejoint par Khamenei ?[47]) peuvent déplorer le cours de l’histoire en Syrie et au Venezuela, à Cuba ; ils y brillent désormais par leur absence[48]. On peut parier que les exercices militaires conjoints en mer d’Oman et dans le nord de l’océan Indien avec les Russes et les Chinois le 19 février 2026, le détroit d’Ormuz étant partiellement bloqué, auront un caractère plutôt symbolique.

Pour la Chine d’autre part, l’Iran est à la fois un partenaire énergétique, un pion stratégique et un facteur pour contrecarrer l’influence des États-Unis[49]. De fait, elle absorbe près de 90% des exportations de brut iranien ce qui correspond à 15% des importations chinoises de pétrole (« flotte fantôme », shadow fleet), soit « la première source de revenus du régime iranien, le principal pays soutenant le terrorisme dans le monde (Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor) ; et puis elle est liée aux Iraniens par un « partenariat stratégique global » : 400 milliards de dollars d’investissements sur vingt-cinq ans contre l’approvisionnement en pétrole à prix avantageux (le baril tombé de 71 à 51 dollars de 2024 à 2025) et d’autant que quelque 20% des rentrées pétrolières iraniennes auraient été livrées sous forme d’infrastructures en 2024[50]. Par ailleurs elle ne souhaite pas apparaître comme un donateur de missiles clés en main aux Iraniens et les aide plus subtilement à préserver leur production de missiles en leur livrant par exemple les composants chimiques pour les propulseurs solides : grandes quantités de substances comme le perchlorate de sodium[51]. De même que des technologies chinoises servent à brouiller l’accès au réseau Starlink  Ceci vaut également pour l’usage du système satellitaire qui offre aux mollahs une alternative au GPS occidental et améliore la précision/la résilience des systèmes d’armement. Qui plus est : Téhéran constitue un contrepoids géopolitique aux USA et un levier stratégique destiné à endiguer leur influence. Pékin s’oppose donc traditionnellement (de même qu’il s’était insurgé contre l’action au Venezuela) à toute ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays et veut croire que le régime saura résister. Les Chinois craignant évidemment aussi que le prix du pétrole ne flambe en cas de blocus du détroit d’Ormuz par les mollahs ou d’attaque par ces derniers des installations pétrolières des autres pays de la région. Il n’empêche que ses options sont limitées. Pékin n’a pas « d’alliance en bonne et due forme » avec la République islamique, mais pratique à son égard une approche « transactionnelle »[52]. En outre : il y a la trêve sino-américaine, un accord « gagné de haute lutte en 2025 et assurant une stabilité à sa croissance, plus que jamais tirée par les exportations ». On comprend dès lors que la Chine, même si elle redoute une révolution de couleurs fomentée par l’Amérique, « scrute tout indice d’une éventuelle transition politique, avec pour objectif de demeurer un partenaire clé des futurs dirigeants à Téhéran !

Pour finir : Les houthistes du Yémen menacent d’intervenir en cas d’opération contre l’Iran et les Israéliens s’inquiètent du déclenchement d’un nouveau 7-Octobre par exemple à Eilat. Or, Jérusalem (premier État à le faire) a reconnu le 26 décembre 2025 le territoire séparatiste du Somaliland (nord de la Somalie) dont la géographie est un atout stratégique majeur : « Il est situé dans le golfe d’Aden, sur l’une des routes commerciales les plus fréquentées du monde par où transite plus de 10% du commerce maritime mondial et près d’un tiers des exportations de pétrole ; il ouvre l’accès de la mer Rouge, puis au canal de Suez, ainsi qu’au port israélien d’Eilat ». Donc en face, justement, du Yémen. Est évoquée la possibilité qu’Israël aménage au Somaliland une base militaire de surveillance – le Mossad jouissant d’une plus grande liberté d’action dans le recueil de renseignement – et de logistique servant à des frappes sur l’adversaire houthiste. L’influence de l’Iran dans la zone s’en trouverait contrecarrée. De même quant à « la présence et l’influence turque dans la Corne de l’Afrique » ; la Turquie, alliée de la Somalie (et soutenant le Hamas) a ouvert à Mogadiscio en 2017 sa plus grande base militaire à l’étranger[53].

Sans oublier les hostilités entre Pakistan et Afghanistan : le ministre de la Défense pakistanais, Khawaja Muhammad Asif, parlant de « guerre ouverte » ; la patience de son pays serait à bout.

  • Iran vs. Occident

Le régime iranien, à l’image du communisme d’antan, se présente comme mondialisé, ce qui le rend extraordinairement dangereux. Washington n’ignore rien de cette évidence géopolitique : tant que semblable danger existera, il n’y aura pas de paix durable en Occident, et particulièrement en Europe de l’Ouest. D’ailleurs l’alliance euroatlantique, même au sens d’un nécessaire « renouveau » anti-déclin de l’Europe que vient de lui assigner le secrétaire d’État américain Marco Rubio lors de la 62ème Conférence de Munich sur la sécurité (13-15 février 2026), s’en trouverait elle aussi diminuée[54].

Téhéran dispose d’un « formidable outil » d’infiltration, ses 102 ambassades sur les cinq continents, ses 34 consulats et ses représentations permanentes près l’UE et les Nations unies. Coup de génie de l’ayatollah Khomeini, dont on se souvient qu’il admirait les capacités de synthèse de Yasser Arafat (association de mouvements très différents sur le plan doctrinal) au sein du djihad, l’invention d’une réunification panislamique des deux grands courants de l’islam, sunnite et chiite, dans le champ terroriste autour de la question palestinienne. Plus spécifiquement : la République islamique a construit, comme le montrent Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali dans leur précieuse « enquête sur les réseaux d’espionnage et d’influence de l’Iran en France et dans le monde »[55], une véritable internationale à fins de djihad mondial. Transaction géopolitique : les mollahs iraniens aident et soutiennent des groupes et organisations sunnites au Proche-Orient et utilisent en revanche les réseaux des Frères musulmans en Europe et aux États-Unis pour répandre leur idéologie dans les pays non musulmans. Généalogie tactique, donc, la jonction s’opère avec en son centre la question palestinienne, la République islamique soutenant logiquement les partis d’extrême gauche propalestiniens : « Le parrainage de la cause palestinienne est un des piliers de sa politique étrangère, en particulier dans les pays occidentaux ». C’est par excellence l’appui au Hamas lequel intervient auprès de l’organisation frériste, sa matrice, afin de mobiliser les réseaux de celle-ci dans l’intérêt de Téhéran. De même pour l’Algérie « alignée sur le régime iranien dans son soutien au Hamas et au Hezbollah libanais » laquelle constitue un relais ; ses services secrets – « coups de main ponctuels et jamais gratuits » – sont en lien avec leurs homologues iraniens et leurs correspondants en territoire français développent l’influence de Téhéran. L’Iran a constitué des réseaux puissants à l’intérieur des universités. Comme en France où se distinguent des porte-parole comme Willy Beauvallet-Haddad, vice-président de l’Université de Lyon 2, ou l’islamologue François Burgat. En Espagne avec la déclaration « orchestrée » de la deuxième vice-présidente du gouvernement espagnol Yolanda Diaz. En Suisse : l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a signé des accords avec deux universités iraniennes sous contrôle du Corps des gardiens de la révolution islamique et « d’un régime qui a fait de l’espionnage dans les milieux universitaires l’un des piliers de son expansion idéologique. Le Corps des gardiens recrute « des agents de toutes nationalités » à l’étranger : ou bien  des Iraniens installés, ou bien des étrangers soutenus financièrement par des associations islamiques ; sympathisants de la République islamique ou des groupes terroristes palestiniens. Son unité d’élite la force Al-Qods (Jérusalem) créée en 1980 (10 à 15 000 hommes) et fer de lance de la République islamique est chargée des opérations extérieures. « En dehors de l’Iran, elle utilise la communauté libanaise – liée au Hezbollah – pour effectuer ses actions et sa sale besogne : opérations de blanchiment d’argent, trafic de stupéfiants et d’armes, traite des êtres humains et collecte d’informations (…), en  particulier en Amérique latine et en Afrique. Ses relations avec Al-Qaida remontent au début des années 1990 ; Téhéran lui « offre en réalité un sanctuaire » (+ entraînement) à l’intérieur du territoire iranien. Sont redoutés ici, au fur et à mesure que la situation de la République islamique se détériore, toute une série d’attentats, le cas échéant exécutés par des voyous, destinés à museler ou à liquider les oppositions. On peut s’attendre en cas de frappes américaines/israéliennes à une vague de terreur lancée par les proxys en Occident, en particulier le Hezbollah[56], et coordonnée avec la centrale iranienne[57].

On comprend que l’arrestation de Mohamad Hanoun (opération Domino de fin décembre 2025), accusé d’avoir collecté des fonds au bénéfice du Hamas, ait suscité beaucoup d’émoi en Italie[58]. En effet, au cas où il serait prouvé que ce genre de transfert va dans un sens, nul doute qu’il puisse s’effectuer dans l’autre. Des mouvements propalestiniens financés par Téhéran ?

Conclusion

Comme l’indique Barak David sur le site Axios, Trump qui donne 10 à 15 jours le jeudi 19 février pour accepter ses conditions sauf à ce que se produisent de « vilaines choses »[59]. Rien n’indique que Washington accepterait le moratoire de trois ans sur l’enrichissement d’uranium proposé par Téhéran (maintenant par contre son droit à cette activité) le mardi 17 février 2026 lors d’un deuxième cycle de pourparlers indirects à Genève (ce qui correspond au plan des médiateurs –Qatar, Turquie, Égypte, publié par Al Jazeera)[60]. Compte tenu des moyens immenses sur lesquels s’appuie la diplomatie de la canonnière US, Téhéran a du souci à se faire. La big beautiful armada du Président dans le golfe Persique est constituée du porte-avions USS Abraham Lincoln, de trois destroyers, et d’une sous-marin pour protéger le groupe aéronaval, le porte avions pouvant accueillir à son bord jusqu’à 90 avions, dont des F-35 Lightning II, des F/A-18 Super Hornet ou des avions de surveillance et de reconnaissance ; les bâtiments américains sont équipés de missiles de croisière Tomahawk pouvant frapper à des milliers de kilomètres ; sans compter les moyens de renseignement notamment satellitaires qui permettent aux États-Unis de localiser sans difficultés des cibles en territoire iranien. Totale liberté d’action aérienne[61]. La rejoindra de façon imminente l’USS Gerald R. Ford, le porte-avions le plus récent de l’arsenal américain qui a servi contre le « narcoterrorisme » dans les Caraïbes et participé à la capture de Maduro au Venezuela : 337 mètres de long, 4 600 marins, 90 aéronefs, mise en place de quatre catapultes électromagnétiques soit une première mondiale, treize milliards de dollars[62]. Ce bâtiment est arrivé en Crète et file droit vers Haïfa. Il est question d’un tiers de la flotte US actuellement en mer. On a du mal à croire que les Américains aient investi un budget aussi élevé pour se retirer simplement après des négociations mineures[63].  Washington devrait frapper un régime « en phase terminale », de même que du point de vue israélien serait arrivé le moment idéal pour lui donner le coup de grâce[64]. Michael Rozenblat, expert du think-tank américain Atlantic Council qui a travaillé dans l’appareil de sécurité israélien, rompu à une nécessaire multiplication des échelles – la vision de Donald Trump – énumère les six motivations de cette opération inéluctable soumise par Netanyahou au Président US [65].1) Avec le mouvement récent de protestation[66], la guerre de juin et l’affaiblissement de ses proxys, l’Iran des mollahs, tel un « tigre de papier », est tombé à un niveau record d’impuissance ; mieux : une action décisive va débloquer les initiatives en état de stagnation relative au Moyen-Orient comme les accords d’Abraham ou bien le rapprochement du Liban et de l’Irak vers l’Occident. 2) La promesse du Président américain de venir en aide au peuple iranien ne peut rester pure rhétorique, les négociations avec le régime des mollahs accordant à ce dernier une prime et un nouveau répit ; avec un accord ressemblant à s’y méprendre à celui que Trump a quitté en 2018, le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) de 2015, car il ne le trouvait pas assez ambitieux[67]. 3) La communauté internationale et les Iraniens établiraient immédiatement un parallèle avec le recul de Barack Obama quand le prédécesseur avait renoncé en 2013 à répondre militairement à l’usage des armes chimiques présenté préalablement par Washington comme une ligne rouge. 4) Un régime successeur à Téhéran présenterait l’énorme avantage d’un réinvestissement des ressources énergétiques (deuxième rang mondial pour le gaz et troisième rang pour le pétrole) sur les marchés occidentaux, ce qui compliquerait (en combinaison avec la chute de Nicolás Maduro au Venezuela) les calculs économiques de la Chine et la dissuaderait peut-être d’intervenir à Taïwan. 5) Une approche active, contrairement à l’attente passive, permettrait aux Américains d’orienter directement la transition du nouvel Iran, interdisant à la Russie et à la Chine d’exploiter un quelconque vide politique dans le pays. 6) Alors que les attaques américaines de juin 2025 sur les installations nucléaires iraniennes avaient seulement retardé pour un certain temps l’accession des mollahs à l’arme atomique[68], une opération concrétiserait l’affirmation répétée de Donald Trump excluant définitivement semblable perspective.

Le Jerusalem Post distingue les quatre fenêtres de tir généralement retenues[69]. 1) Une attaque peut avoir lieu du dimanche 22 au jeudi 26 février 2026 (plage de temps cependant improbable vu que les officiels américains ont eux-mêmes annoncé la date du troisième round de pourparlers le 26 à Genève et que Trump voudra certainement prendre le temps d’examiner la proposition iranienne) en cas de signes évidents d’incapacité à conclure positivement les négociations ; voire plus précisément le jeudi 26 si l’offre de Téhéran apparaît clairement inacceptable 2) Au début ou au milieu de la semaine suivante, soit l’échéance le plus souvent évoquée, dès lors que le Président a accordé un délai de deux semaines pleines et voudra s’y tenir. 3) Les forces américaines attaqueront tout de suite après le 19 mars 2026, fin du ramadan, Trump ne souhaitant pas lancer une guerre régionale pendant le mois sacré et heurter ses alliés sunnites juste avant d’éventuelles contre-attaques ; un pareil choix permettant au demeurant à Khamenei de faire diversion avec le narratif des forces étrangères qui envahissent la terre sainte du Moyen-Orient et compliquant qui plus est le raisonnement en Iran à proprement parler. Reste bien sûr 4) Une attaque dans avenir plus lointain. C’est l’éventualité la moins probable. Aucun analyste ne pense que Trump maintiendra à l’arrêt et en alerte au-delà de la mi-mars son invraisemblable « armada » – coût à hauteur de billions de dollars – (dont certains éléments sont arrivés début janvier, d’autres à la mi-janvier, les derniers arrivant dans un avenir imminent) sans les mobiliser pour une action militaire ou les débander en passant un accord.

Rubicon sur Ormuz ? Alea jacta est ? Trump optera-t-il pour une capitulation honteuse mais pacifique de Téhéran à laquelle il a tant poussé, ou pour l’action guerrière avec toutes ses conséquences ? Affaire à suivre. Au fait : et si les Iraniens tiraient profit de la procrastination américaine et attaquaient les premiers ? ? ?[70]

 

Ndlr Lire l’article fondamental de Pierre Vermeren « La France a une dette envers les Iraniens » dans Le Figaro, l’auteur revenant à très juste titre sur la responsabilité des intellectuels de l’Hexagone dans l’avènement de la République islamique « régime tyrannique et corrompu qui a martyrisé l’ancien empire perse, et a porté le terrorisme jusqu’en Europe » : Foucault, Derrida et la gauche, y compris socialiste, virent dans le « clerc oriental » – accueilli par le président Giscard d’Estaing à Neauphle-le-Château en octobre 1979 et lui accordant de la sorte un tremplin médiatique national et international – un « agent de la révolution »[71]. Une complicité passée qui explique « le relatif silence des élites politiques et scientifiques françaises », indépendamment de la peur de s’exprimer sur un terrain glissant et peu étudié quand il n’est pas monopolisé (orienté) par un « géographe de talent du CNRS »[72], ou encore de « la récurrence des révoltes avortées en Iran depuis 2009 », voire tout simplement du « refus d’apparaître en alliés objectifs des États-Unis et d’Israël qui ne font pas mystère de leur volonté de faire chuter le régime des mollahs ». Le vaste réseau de sympathisants et d’apologistes (Abbas Milani) – avec son troupeau de progressistes, de pseudo-féministes, de pseudo-gauchistes pourfendeurs de l’« islamophobie » (terme forgé par la République islamique d’Iran) –, les soutiens intellectuels du régime dans les universités et les médias qui ont fourni au régime excuses et justifications ne peuvent en aucun cas soumettre à critique « un cadavre qui attend juste qu’on le prenne et qu’on l’enterre », car il leur faudrait alors régler des comptes avec leur propre passé (qui fera un jour l’objet l’analyses historiennes)[73]. Mais cette absence s’applique aussi bien quoique dans une moindre mesure à l’Europe en général pour qui l’Histoire, depuis la fin de la Guerre froide, va décidément trop vite[74]. Alors qu’elle avait une occasion rêvée d’adopter exceptionnellement une position autonome et puissante dans un des conflits mondiaux, celle de favoriser le retour de la stabilité dans tout le Moyen-Orient à travers une réconciliation entre Jérusalem et Téhéran accélérant la décomposition des mouvements extrémistes chiites, elle a préféré se lancer dans de grandes (et lunaires) diatribes sur la vassalisation par les Américains. Certes l’UE a ajouté le 29 janvier 2026 le Corps des gardiens de la révolution à sa liste des organisations terroristes[75]. Mais même si ce n’est pas mal, c’est tout. L’Europe n’est tout simplement pas préparée à l’éventualité d’une chute du régime iranien. Béance troublée mais béate qui laisse interdit[76].

PS Comme on pouvait s’y attendre, le troisième cycle de pourparlers soit le « round des rounds » entre les États-Unis et l’Iran le jeudi 26 février 2026 à Genève s’est achevé sur une impasse[77]. Reste à savoir si Donald Trump, ce personnage shakespearien, se conformera aux logiques du moment historique ou s’il recourra au dernier moment, intrigué par les propositions alléchantes d’affaires soumises par les astucieux Iraniens (retour des entreprises américaines), à quelque échappatoire.

  • Et s’il préférait se défausser sur Tsahal de la première offensive, et arriver dans un second temps en soutien (massif) d’Israël ; une hypothèse plus facile à « vendre » au nom d’une indispensable loyauté au meilleur allié des Américains au Moyen-Orient.
  • Et si le « roi des ultimatums » se muait en prestidigitateur, travestissant un deal somme toute médiocre en triomphe acquis de haute lutte et par nature consubstantiel au talent du Président[78]. Ici, les conséquences seraient évidemment profondes et durables. ¡Ay,caramba !

[1] Cf. Renaud Girard, « Iran ; le grand problème de la transition politique », Le Figaro, 13 janvier 2026.

[2] Id., « Trump et l’Iran : un gros bâton pour quoi faire ? », Le Figaro, 3 février 2026.

[3] On ne peut s’empêcher de citer dans ce cadre le titre savoureux du même auteur, « L’Europe se mouillera-t-elle pour le Groenland ? », Le Figaro, 6 janvier 2026.

[4] Id., « En un an, Donald Trump s’est renforcé à l’international », Le Figaro, 10 février 2026.

[5] Ce sont par exemple d’une part les diverses remarques du Président : s’ils veulent enfin négocier (sérieusement ?), c’est parce qu’ils en ont assez d’être malmenés par les États-Unis et craignent d’être frappés durement ; de l’autre les menaces de frappe préemptive répliquant à une rhétorique considérée comme faisant partie de l’équation sécuritaire ou les accès de rage du guide suprême Ali Khamenei (dont les Américains savent exactement où il se trouve) qui menace de couler un sous-marin US, Cf. Adrien Jaulmes, « Donald Trump menace les mollahs tout en laissant ouvert le dialogue », Le Figaro, 13 janvier 2026 ; « Iran droht mit Präemptivschlag », Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), 7 janvier 2026. Le haut dignitaire traitant le Président américain de « criminel ».

[6] Certains observateurs envisageaient une transaction israélo-américaine, Jérusalem se résignant à des concessions sur Gaza (qui sait ?) en échange des frappes sur l’Iran.

[7] Cf. Viviana Mazza, correspondante à Washington, et Guido Olimpio, « L’allarme sui missili balistici iraniani Ma per Teheran sono irrinunciabili », Corriere della Sera, 26 février 2026, pour lesquels les Iraniens ne sauraient y renoncer. Trois catégories : courte et moyenne portée qui vont de 300 km pour le Shahab 1 à 1 000 pour le Dezful ; puis à un niveau supérieur, de 1 300 km pour le Shahab 3 à environ 2 000 pour le Khorramshahr auquel se réfère probablement Donald Trump quand il parle d’armes menaçant l’Europe et qui peut (lancé à partir des régions occidentales d’Iran atteindre le sud-est européen (par exemple la Grèce) – le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi ayant précisé que sa portée a été limitée à 2 000 km et démenti qu’il puisse atteindre les États-Unis ; un arsenal qui peut être complété par les missiles de croisière, le Soumar inclus (2 000 km) et une vaste gamme de drones kamikazes. Les gardiens de la révolution (armée d’élite du pouvoir) qui disposeraient d’au moins 2 000 missiles et peut-être de 200-260 lanceurs les ont entreposés dans des bunkers, des refuges, et dispersés en cas de raids ennemis ; au moins cinq sites (connus) à l’intérieur des montagnes. L’Iran les a fait tester au combat par des milices amies comme les houthistes du Yémen, ce qui a permis de les mettre à niveau.

[8] Cf. le très pertinent article de Laure Mandeville, « Quand l’antisémitisme incendiaire fracture la base trumpiste », Le Figaro, 11 février 2026 : une dérive idéologique qui embarrasse Donald Trump.

[9] Cf. Greta Privitera, « Ipotesi blitz Usa ; obiettivo Khamenei Il regime ora punta a “sopravvivere” Iran, giovedì vertice a Ginevra. Washington : piani seri sul nucleare. Studenti ancora in piazza », Corriere della Sera, 23 février 2026. Et Guido De Franceschi, « Washington e Teheran, minacce e prove di dialogo Trump : voglio un accordo ma rinuncino all’atomica », Corriere della Sera, 31 janvier 2026 pour la nouvelle liste (actualisée par rapport à la précédente d’il y a une quinzaine) d’actions militaires plus ou moins circonscrites contre l’Iran élaborée par le Pentagone.

[10] Cf. Georges Malbrunot, « Les gardiens de la révolution, grands bénéficiaires des sanctions », Le Figaro,  16 janvier 2026 : les représentants du régime qualifient ouvertement la révolte de « deuxième manche » après la guerre des « Douze-Jours » imposée par Israël en juin 2025 que les gardiens doivent écraser dans le sang. Et Guido Olimpio, « Provocazioni, assalti e blocchi A ridosso dei negoziati il regime “testa” l’avversario », Corriere della Sera, 4 février 2026 sur les provocations en mer : les pasdrarans se situant entre ou mieux au-dessus du couple formé par les durs qui ne veulent pas se plier aux conditions fixées par les Américains et les « pragmatiques » enclins au dialogue ; ce pouvoir militaire et économique est en mesure de conditionner les choix, et peut-être aussi de déclencher un incident à la veille de négociations avec les États-Unis.

[11] Cf. Viviana Mazza, « Trump : “Raccolti cinque miliardi” Poi torna a fare pressing su Hamas », Corriere della Sera, 16 février 2026.

[12] Cf. Georges Malbrunot, « Exclu des discussions, le bloc arabo-musulman pousse son agenda », Le Figaro, 6 février 2026. « La Turquie alerte : élargir les négociations avec l’Iran pourrait embraser la région », i24NEWS,  12 février 2026.

[13] « Iran : Riyad et Doha auraient convaincu Trump de renoncer à une frappe », i24NEWS, 15 janvier 2026.

[14] Cf. Georges Malbrunot, « Comment les pays du Golfe ont dissuadé Trump de frapper l’Iran », Le Figaro, 17 janvier 2026 ; Guido Olimpio, « Dai mini raid agli attacchi cyber Le opzioni Usa », Corriere della Sera, 14 janvier 2026.

[15] Cf. Isabelle Lasserre, « Les lourdes conséquences des tergiversations occidentales », Le Figaro, 27 janvier 2026.

[16] Cf. l’excellent livre de Ferghane Azihari, L’Islam contre la modernité, Paris, Les Presses de la  Cité, 2026, p. 312.

[17] Mais y croient-ils vraiment ? Voir la déclaration supposée (démentie) du ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salmane, rapportée par le site Axios, selon lequel le président « devrait passer à l’action militaire » contre Téhéran sous peine de voir le « régime renforcé », lors d’une réunion privée à Washington le 30 janvier 2026, cf. Barak Ravid, Zachary Basu, « Scoop : Saudi defense minister says Trump not bombing Iran would embolden regime », Axios, 30 janvier 2026 ; « Le ministre saoudien de la Défense estime que Trump “devrait passer à l’action militaire” contre Téhéran, selon Axios », L’Orient-Le Jour, 31 janvier 2026, https://www.lorientlejour.com/article/1493399/le-ministre-saoudien-d…p-devrait-passer-a-laction-militaire-contre-teheran-selon-axios.html [21 février 2026].

[18] «47ème anniversaire de la victoire de la Révolution islamique : le SG de l’ONU félicite l’Iran », IRNA français, 11 février 2026, https://fr.irna.ir/news/86075226/47e-anniversaire-de-la-victoire-de-la-Révolution-islamique-le [15 février 2026].  

[19] « Kein Wort der FIFA zu Iran s Nach Massaker : IOC hat “Kontakt” », IPC kommt nicht durch », FAZ, 16 janvier 2026.

[20] Cf. Delphine Minoui, « Le massacre des manifestants était prémédité », Le Figaro, 12 février 2026 : avec une généalogie du terrorisme d’État des années 1980 (exécution de milliers de prisonniers politique « afin de mater toute tentative de renversement de la jeune République islamique instaurée en 1979 » aux assassinats ciblés de la fin des années 1990 et au virage plus radical à partir de 2009 ; certains dignitaires « estiment froidement » que le régime « devrait recourir à une violence encore plus assumée » (sans limite).

[21] Cf. Delphine Minoui, « Un rideau de terreur s’abat sur l’Iran », Le Figaro, 16 janvier 2026 ; Guido Olimpio, « La guerra sporca degli ayatollah per bloccare Starlink (e la rivolta)  Le connessioni Internet fornite da Musk e la repressione », Corriere della Sera, 16 janvier 2026 ; Lucas Mediavilla, « Starlink, d’Elon Musk, peine à reconnecter un Iran coupé d’internet », Le Figaro, 13 janvier 2026.

[22] Cf. Greta Privitera, « “Aspettiamo la guerra” Ma il popolo delle proteste teme una nuova repressione  E i funerali dei giovani uccisi diventano feste di resistenze », Corriere della Sera, 29 janvier 2026 pour la peur des suites. À l’inverse sur la colère des gens après le bain de sang, cf. Friederike Böge, « “Immer mehr Leute bewaffnen sich” », FAZ, 14 janvier 2026 : la révolte est provisoirement étouffée, mais les gens sont en colère et de plus en plus de personnes s’arment.

[23] Pour une histoire étoffée de ces conceptions en Iran, cf. Abbas Amanat, Apocalyptic Islam and Iranian Shi’ism, Londres & New York, I. B. Tauris, 2009, singulièrement la partie 4 : Satan and Salvation in the Islamic Revolution.  Et Mahnaz Shirali, La malédiction du religieux La défaite de la pensée démocratique en Iran, Paris, François Bourin Éditeur, 2012. Khamenei est d’ailleurs dans l’impasse : ou bien il continue d’assassiner sa population et risque une réaction militaire américaine, ou bien il met un terme aux massacres et encourage implicitement de plus en plus de manifestants à descendre dans la rue, cf. Friederike Böge, « Khameneis Dilemma », FAZ, 10 janvier 2026.

[24] Cf. Isabelle Lasserre, « L’Iran prêt à négocier pour repousser une frappe américaine Donald Trump va-t-il sacrifier les opposants iraniens sur l’autel d’un incertain accord nucléaire avec le régime des mollahs ? », Le Figaro, 3 février 2026.

[25] Cf. Delphine Minoui, « Les Iraniens suspendus à une intervention des États-Unis Alors que Donald Trump entretient toujours le flou sur une possible offensive militaire contre la République islamique, cette solution serait, pour beaucoup, la seule pour stopper les massacres », Le Figaro, 31 janvier 2026 : « Trois semaines après le massacre des 8 et 9 janvier, l’Iran titube, tel un zombie en deuil qui marche vers l’échafaud ». Le premier cycle de négociations indirectes s’était tenu en Oman le 6 février 2026, le site Axios affirmant que les émissaires de Trump, les hommes d’affaires Steve Witkoff et Jared Kushner, avaient en personne rencontré Abbas Araghchi, cf. G. Pr., « Oman, primi colloqui tra Iran e Usa Teheran : “È stato un buon inizio”  Negoziati indiretti, ma il sito Axios : “Kushner e Witkoff hanno incontrato di persona Araghchi” », Corriere della Sera, 7 février 2026.

[26] Cf. « If Trump does not intervene in Iran, it will send a signal of impunity to the regime », The Indian EXPRESS, 16/27 janvier 2026 qui introduit justement son texte en citant Chamberlain et la politique d’appeasement à l’égard du régime nazi en 1938, https://indianexpress.com/article/opinion/columns/donald-trump-us-iran-khamenei-irgc-protests-crackdown-10478226/ [17 février 2026].

[27] Cf. Friederike Böge, « Das Regime hat angeblich alles “unter Kontrolle” », FAZ, 13 janvier 2026.

[28] Cf. Georges Malbrunot, « Face à la rue, le régime opte pour l’épreuve de force », Le Figaro, 10 janvier 2026 ; Greta Privitera, « Proteste in Iran, sale il numero dei morti  La sfida di Trump : pronti a intervenire Manifestazioni in tutto il paese, una decina di vittime. Gli ayatollah : non tollereremo nessuna ingerenza », Corriere della Sera, 3 janvier 2026.

[29] Cf. Greta Privitera, « Iran, esplosione in una città portuale  Larijani : progressi verso i negoziati », Corriere della Sera, 1er février 2026. Et G. O.,  «”Incidenti”, colpi segreti e vie d’uscita al nemico La guerra prima della guerra » Una storia marcata da episodi oscuri, utili ad alimentari sospetti », loc. cit. : les Américains, avec l’aide des Israéliens, sont susceptibles de mobiliser des cellules recrutées localement afin de produire de l’insécurité et placer sous stress les appareils de défense.

[30] Cf. Friederike Böge, « Iranische Fieberträume », FAZ, 4 février 2026 : de nombreuses organisations professionnelles prennent la parole pour contredire le narratif par le haut du « coup d’État manœuvré de l’étranger » ; Greta Privitera « Iran, rivolta dei “senza scarpe” Anche gli studenti in piazza al fianco dei commercianti  Lo slogan “Non abbiate paura, siamo tutti insieme” », Corriere della Sera, 31 décembre 2025. Cf. Delphine Minoui, « En Iran, le régime tente la carte de l’unité nationale pour commémorer sa révolution », Le Figaro, 12 février 2026 : avec des slogans prônant (quand cela l’arrange) la résistance de la « nation iranienne » et des symboles patriotique « pour tenter de redorer son blason ». Cf. Greta Privitera, « Teheran teme la guerra  I”dubbi” di Trump e le 4 ipotesi d’attacco », Corriere della Sera, 24 février 2026 : la colère est si grande que les étudiants en sont à « désirer » un bombardement.

[31] Cf. Delphine Minoui, « De la chute du régime à la transition négociée : les scénarios en Iran », Le Figaro, 13 janvier 2026. En sens inverse : « Le président iranien avertit “Le régime s’effondrerait si Khamenei était visé” », i24NEWS, 13 novembre 2025.

[32] Entretien avec Greta Privitera, « Pahlavi : “Iran libero, abbiamo un piano No al ritorno forzato alla monarchia” », Corriere della Sera, 13 janvier 2026 ; Id., « Gli appelli del figlio dello scià  Ma l’”operazione ritorno” divide ancora i manifestanti », Corriere della Sera, 12 janvier 2026 : pour les monarchistes, le chah est synonyme de modernisation à marche forcée et de ponts avec l’Occident ; pour d’autres d’autoritarisme brutal et de censure. Et Friederike Böge, « Manche Iraner rufen wieder nach dem Schah », FAZ, 15 décembre 2025 avec un rappel synthétique de la période du chah Mohammad Reza Pahlavi (1941-1979).  Et id., « Der Sohn des letzten Schahs mischt mit », FAZ, 9 janvier 2026 : Pahlavi appelle à des protestations en Iran… et rencontre une écoute. Ou encore « Und plötzlich spricht der Sohn des Schahs im Staatsfernsehen », FAZ, 20 janvier 2026 pour une allocution vidéo sur plusieurs chaînes de la télévision d’État iranienne piratées par des hackers. Une situation complexe qui explique peut-être aussi les doutes du Président américain, cf. Adrien Jaulmes, « Trump menace Khamenei mais hésite à adouber le fils du chah déchu », Le Figaro, 10 janvier 2026 ; et Andrea Nicastro, « Le manovre di Pahlavi e le mosse americane : tra l’ipotesi di un blitz e lo scenario siriano », Corriere della Sera, 10 janvier 2026.

[33] Cf. Friederike Haupt, « Pahlavis grosser Auftritt », FAZ, 16 février 2026 : une foule venue applaudir Reza Pahlavi qui participait à la Conférence de Munich sur la sécurité.

[34] « Iran : quels pays pourraient s’impliquer en cas d’escalade militaire ? », i24NEWS, 27 janvier 2026.

[35] Cf. Arnaud De La Grange, « Londres étudie les options de soutien à une intervention américaine », Le Figaro, 20 juin 2025. Mais évidemment  id. « Après la charge de Donald Trump, l’accord de rétrocession des îles Chagos par le Royaume-Uni subit des turbulences », Le Figaro, 24 janvier 2026 ; « Warten auf die USA Washington kritisiert Londoner Chagos Deal », FAZ, 20 février 2026. Et si le premier ministre Keir Starmer « redoute d’être entraîné dans une spirale guerrière » et appelle à la « raison », ce  n’est pas seulement parce que les Britanniques sont toujours taraudés par le cuisant souvenir des manœuvres de Tony Blair à la limite de la légalité et de la légitimité (fidélité aveugle à son allié George W. Bush) pendant la guerre en Irak. C’est aussi en raison de l’offensive de Donald Trump lequel a qualifié l’accord de restitution de l’archipel des Chagos à l’île Maurice, signé en mai 2025 et devant mettre fin à des décennies de contentieux, de « grande stupidité » (une capitulation qui laisserait la porte ouverte aux Chinois selon l’opposition conservatrice britannique) ; dans l’esprit du Président (qui voit là un argument stratégique de plus en faveur de l’annexion du Groenland), cette démarche (pourtant validée par son administration) mettrait en péril la « base américaine vitale » de Diego Garcia mise à disposition de Washington par Londres en 1966 pour une durée de cinquante ans. Justement, Diego Garcia pourrait servir de base arrière aux bombardiers furtifs B-2 Spirit (bombe antibunker capable de détruire le site nucléaire souterrain iranien de Fordo), le « brillant » allié de l’Otan devant en théorie donner son feu vert (souveraineté britannique) en cas d’action. Le traité avec Maurice n’a pas encore été ratifié par les Britanniques, de même que ces derniers ont besoin de l’accord des Américains avant qu’il entre en vigueur.  Le Pentagone peut aussi demander aux Britanniques l’autorisation de stationner des avions ravitailleurs américains sur la base d’Akrotiri à Chypre. The Times rapportant que le Royaume-Uni aurait refusé l’utilisation de ses bases aériennes aux États-Unis, « UK blocking Trump from using RAF bases for strikes on Iran », 19 février 2026 : sans doute l’affaire des Chagos y est-elle pour quelque chose. Il n’empêche qu’opèrent à Diego Garcia des avions de reconnaissance, des ravitailleurs et des F-16 en provenance de Misawa (Japon) lesquels n’ont apparemment pas été exclus et dont la fonction serait défensive.

[36] Avions ravitailleurs en Bulgarie.

[37] Voir les pistes de la base de Muwaffak Salti.

[38] Cf. Adrien Jaulmes, « Donald Trump, le doigt sur la détente face à Téhéran  L’important dispositif militaire massé par les États-Unis ressemble de plus en plus à des préparatifs pour une intervention aux contours encore confus », Le Figaro, 23 février 2026 : « Cet imposant dispositif aérien est le plus vaste déployé dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003 ». Les Awacs, les RC-135, peut-être les « vieux » (mais toujours irremplaçables) U-2 servent de sentinelles.

[39] Cf. Viviana Mazza, « Trump minaccia, poi sembra frenare “Ora l’Iran ha fermato le uccisioni” », Corriere della Sera, 15 janvier 2026 ; Guido Olimpio, « Il regime “forte”, i timori di instabilità Perché il leader Usa ha fermato il blitz Ma tutte le opzioni restano aperte », Corriere della Sera, 17 janvier 2026.

[40] Cf. Stanislas Poyet, « Face aux manifestations iraniennes, la prudence stratégique d’Israël », Le Figaro, 13 janvier 2026.

[41] Id., « Iran : Netanyahou enjoint la fermeté à Trump », Le Figaro, 11 février 2026 ; Davide Frattini, « Netanyahu vola da Trump : “Avanti i colloqui con l’Iran” Pronta un’altra portaerei Il premier israeliano presenta “da seguire nella mediazione” », Corriere della Sera, 12 février 2026. Voir aussi l’article très riche et instructif de Stanislas Poyet, « Dans l’ombre, la guerre numérique d’Israël contre la République islamique », Le Figaro, 31 janvier 2026 en particulier sur la facilitation des transmissions entre cercles iraniens et les opérations d’influence sur les réseaux sociaux : compte persanophone officiel d’Israël @IsraelPersian, compte persan de Hananya Naftali, conseiller en communication numérique de Benyamin Netanyahou, agence de marketing numérique d’Emily Schrader. Phénomène inédit : une dizaine de F-22  transférés sur la base militaire israélienne d’Ovda.

[42] « L’armée israélienne s’adresse directement au peuple iranien », i24NEWS, 12 février 2026.

[43] Cf. David S. Cloud, « Under Trump Pressure, Iran Finds Its Friends Are of Little Help China and Russia have forged closer ties with Tehran but have shown little willingness to provide military aid in a conflict with the U.S. », The Wall Street Journal, 22 février 2026, https://www.wsj.com/politics/national-security/under-trump-pressure-iran-finds-its-friends-are-of-little-help-1cd57bb2 [24 février 2026].

[44] Plusieurs avions de transport militaires Il-76 seraient arrivés début janvier en provenance de Russie et de Biélorussie.

[45] Cf. Isabelle Lasserre, « Négociations tendues entre l’Iran et les États-Unis », Le Figaro, 6 février 2026 : « Ali Larijani, chef du Conseil de sécurité iranien, est revenu bredouille de Moscou la semaine dernière, sans obtenir le soutien qu’il escomptait du Kremlin ». Même si certains évoquent un accord secret à Moscou en décembre 2025 pour la fourniture de missiles portables avancés, un contrat de 500 millions d’euros pour la défense, « Iran agreed shoulder-fired missile deal with Russia » = « Iran agreed secret shoulder-fired missile deal with Russia, FT reports », Financial Times/Reuters, 22 février 2026 : 500 systèmes de lancement Verba et 2 500 missiles 9M336  que les Russes se sont engagés à livrer sur trois ans.

[46] Cf. Alain Barluet, « Moscou craint la perte d’un allié stratégique », Le Figaro, 13 janvier 2026.

[47] Cf. G. Pr., « Proteste in Iran, il regime ha paura Repressione (21 i morti) ma anche concessioni (7 dollari al mese ai cittadini). Khamenei, piano per la fuga a Mosca », Corriere della Sera, 6 janvier 2026 qui évoque après le Times et un rapport du renseignement la prise en considération par le guide d’un plan d’urgence : abandonner l’Iran et s’échapper en Russie.

[48] « Putin ha perso l’influenza su Siria, Iran e Venezuela  Ue più forte con Kiev al fianco », entretien de Lorenzo Cremonesi avec Katarina Mathernova, ambassadrice de l’UE en Ukraine, Corriere della Sera, 10 février 2026.

[49] Cf. Federico Rampini, « L’attesa americana per evitare rappresaglie  E Pechino “vigila” sui i rischi di escalation », Corriere della Sera, 30 janvier 2026.

[50] Cf. Friederike Böge, « Tauschgeschäfte mit Iran », FAZ, 17 novembre 2025 et Marie Welling, « Die globalen Geldquellen der Mullahs », FAZ, 17 janvier 2026.

[51] Cf. Guido Olimpio, « Assalto Usa a un cargo sulla rotta Cina-Iran : sequestrate armi destinate agli ayatollah » Operazione delle forze speciali nell’Oceano Indiano. Sulla nave componenti “dual use” », Corriere della Sera, 14 décembre 2025 : trafic d’armes entre la Chine et l’Iran ? L’Iran serait par contre proche d’acquérir en Chine des missiles antinavires supersoniques CM-302, cf. John Irish, Parisa Hafezi, Gavin Finch, « Exclusive : Iran nears deal to buy supersonic anti-ship missiles from China », Reuters, 24 février 2026.

[52] Cf. Sébastien Falletti, « La Chine scrute avec anxiété la crise en redoutant la chute d’un partenaire », Le Figaro, 15 janvier 2026 ; Tanguy Berthemet, « Trump augmente la pression en Iran », loc. cit.

[53] Cf. Marc Henry, « Somalie : la reconnaissance du Somaliland, un coup diplomatique pour Israël », Le Figaro, 2 janvier 2026. Jérusalem vient d’entériner la nomination de l’ambassadeur et d’annoncer une représentation réciproque.

[54] Cf. Felicia Schwartz, Jack Detsch, « America’s charm offensive in Munich masks harder line on Europe », Politico, 14 février 2026, https://www.politico.com/news/2026/02/14/munich-europe-rubio-trump-doctrine-00782504 [15 février 2026] ; Mara Gergolet, « Rubio, segnale all’Europa “Siamo legati, ma si svolti », Corriere della Sera, 15 février 2026. Le discours du secrétaire d’État qui corrige en nuance (l’Amérique «à jamais fille de l’Europe », les racines civilisationnelles et les héros culturels communs ») celui, très radical, prononcé par le vice-président J.D. Vance un an plus tôt, n’en est pas moins passionnant de clarté : après la chute du mur de Berlin l’Occident (les États-Unis pré-Trump et l’Europe) ont nourri la folle illusion d’une fin de l’Histoire (elle-même contraire à la nature humaine), d’où les choix erronés des trente dernières années : il a ouvert ses frontières à une migration de masse qui met en danger « notre société et notre culture » ; il a opté pour la désindustrialisation ; il s’est conformé aux sentences d’une « secte climatologique » alors que d’autres se dotaient d’outils de défense et utilisaient les chaînes de valeur en tant que « moyens d’extorsion » ; alors qu’en 1945, alors qu’avançaient « la faucille et le marteau » et « l’anticolonialisme », l’Europe avait décidé que le déclin n’était pas un choix et connu une renaissance. Rubio a certes l’amabilité d’impliquer les États-Unis dans la faute monumentale des trois décennies précédentes et de souligner que c’est animés par une « profonde préoccupation » que les Américains critiquent autant l’Europe, mais il tranche : même si notre préférence va à une action commune, le cas échéant nous agirons seuls. Et le journaliste Renaud Girard va en grande partie dans son sens, en particulier quant à l’« effacement civilisationnel »,cf.  « L’heureuse accolade de l’Amérique aux Européens », Le Figaro, 17 février 2016. Voir aussi Isabelle Lasserre, « À Munich, Rubio tente l’apaisement avec l’Europe », Le Figaro, 16 février 2026 selon laquelle « Le secrétaire d’État a maladroitement appelé les Européens, qui redoutent la vassalisation, à s’aligner derrière Trump. Et l’entretien de la présidente du Conseil des ministres italien Giorgia Meloni avec Simone Canettieri, « Ue e Usa insieme Non condivido le critiche alla cultura Maga », Corriere della Sera, ibid. : le chancelier Merz, même s’il souhaite revitaliser le lien transatlantique et considère que Washington aura toujours besoin de l’Europe, clame que les rapports entre Europe et Amérique sont désormais compromis et souhaite que l’Allemagne – néanmoins à jamais débarrassée de tout rêve d’hégémonie  – se dote de la plus puissante des armées conventionnelles sur le continent ; très dur envers la culture Maga, il pense que Donald Trump a trahi les valeurs occidentales communes et qu’on ne peut remédier à la fracture culturelle entre les deux rives de l’Atlantique ; au contraire Giorgia Meloni, si elle se déclare « d’accord » avec son collègue allemand pour que l’Europe s’occupe de ses propres problèmes et fasse plus pour sa sécurité… « à partir du pilier européen de l’Otan ; entre les deux Keir Starmer, le premier ministre britannique, selon lequel les États-Unis restent toujours indispensables, mais qui annonce sa disponibilité à mettre son arsenal nucléaire à la disposition des partenaires européens (la Bombe européenne comme horizon à long terme ?). Voir aussi Andreas W. Daum, « Marco Rubio, der Historiker », FAZ, 16 février 2026 qui reproche à Rubio tout à la fois de ne pas être un véritable historien et de ne pas partager ses propres orientations.

[55] La pieuvre de Téhéran, Paris, Les Éditions du Cerf, 2025.

[56] Même si ce dernier vient de faire savoir qu’il n’interviendrait pas, crainte d’Israël et désir de survie, en cas de frappe « limitée » contre l’Iran (à laquelle il s’attend donc).

[57] Cf. Apolline Convain, « En Irak, les groupes armés chiites prêts à s’engager aux côtés de l’Iran », Le Figaro, 23 février 2026 : des activistes qui sont prêts à frapper les quatre bases US en Irak, mais aussi celles de tout le Moyen-Orient ; les Américains se sont livrés à l’impiété suprême de viser Khamenei qui est le leader de millions de personnes dans le monde, pas seulement celui de Iran.

[58] « Caso Hamas, Hannoun parla al gip : erano solo fondi per beneficenza », Corriere della Sera, 31 décembre 2025.

[59] Cf. Barak Ravid, « Trump says he’ll decide whether to bomb Iran in next 10-15 days », Axios, https://www.axios.com/2026/02/19/trump-iran-strike-10-day-deal [21 février 2026] ; Greta Privitera, « Iran, la nuova minaccia di Trump  Il Nyt : “Evacuate le basi nel Golfo” », Corriere della Sera, 21 février 2026.

[60] « À Genève, l’Iran fait des concessions aux États-Unis, Khamenei menace le porte-avions américain » », RTS, https://www.rts.ch/info/monde/2026/article/l-iran-propose-un-moratoire-nucleaire-khamenei-menace-les -usa-29154744.html  [22 février 2026] ; Greta Privitera, « Oman, via ai colloqui tra Teheran e Washington », Corriere della Sera, 6 février 2026. D’ailleurs, le New York Times a publié un ensemble d’images satellitaires montrant que l’appareil iranien s’emploie à réparer les dommages subis par les sites nucléaires et les entrepôts de missiles.

[61] Cf. Nicolas Barotte, « Les options limitées de la puissance militaire américaine », Le Figaro, 31 janvier 2026 qui insiste cependant sur les restrictions : un déploiement au sol est exclu, le Président y étant en principe défavorable ; « le plus probable serait sans doute une campagne aérienne courte et violente » (source militaire), visant des sites stratégiques pour affaiblir voire décapiter le régime – une campagne aérienne accompagnées d’actions ciblées (moyens cyber ou forces spéciales ) pourrait être également envisagée, mais comporte un « risque de pertes ». L’USS Abraham Lincoln est en action à l’est du détroit d’Ormuz.

[62] « Ein zweiter Flugzeugträger » Trump verlegt USS Gerald R. Ford in Nahen Osten », FAZ, 14 février 2026. Et Greta Privitera, « Pressing Usa sul regime : seconda portaerei verso l’Iran “Potremmo averne bisogno” », Corriere della Sera, 14 février 2026.

[63] Cf. Greta Privitera, « Spiragli sull’Iran :”Percorso iniziato” », Corriere della Sera, 18 février 2026 : le site Axios révèle que les États-Unis ont déployé durant les dernières 24 heures plus de 50 avions de combat F-35, F-22 et F-16.

[64] De fait, l’armée américaine se prépare à la mi-février 2026 pour des opérations prolongées (des semaines), cf. Viviana Mazza, « E sull’Iran l’esercito Usa valuta la possibilità di “operazioni prolungate” », Corriere della Sera, 15 février 2026, Marco Rubio déclarant qu’il est difficile de conclure un accord avec les ayatollahs : la grande inconnue c’est de savoir jusqu’à quand Trump patientera. « Iran : selon Claude Moniquet, Washington se dirige vers l’option militaire », i24NEWS, 29 janvier 2026 : élimination des capacités militaires et répressives iraniennes, destruction des structures de commandement, de contrôle et de renseignement, ainsi que la neutralisation des dirigeants du régime ». Du chancelier Merz pour lequel les jours du régime sont comptés au sénateur républicain Lindsey Graham (aile classique du parti) qui s’est fait dédicacer par Trump une casquette portant le slogan Make Iran Great Again et proclame que si les mollahs continuent à tuer leurs concitoyens c’est le Président qui les tuera, nombreux sont les personnages politiques qui estiment un action guerrière proche.

[65] Cf. Michael Rozenblat, « Six reasons why Trump should choose the military option in Iran », Atlantic Council, 15 février 2026, https://atlanticcouncil.org/blogs/menasource/six-reasons-why-trump…m_medium-organic_social&utm_source-twitter&utm_term-Atlantic+Council [20 février 2026] ; Federico Rampini, « Il regime in fase terminale e le forniture alla Cina  Ecco le sei motivazioni per un’azione americana Per gli israeliani è il momento ideale per il colpo di grazia », Corriere della Sera, 20 février 2026.

[66]Cf. Delphine Minoui, « En Iran, la contestation ressurgit dans plusieurs universités à travers le pays », Le Figaro, 25 février 2026 : « Grande nouveauté, les slogans pro-chah investissent également désormais les universités, jusqu’ici réfractaires à la prise de position envers une figure particulière de  l’opposition ». De même Viviana Mazza et Greta Privitera, « Tensione presidente-generali sulle “opzioni” d’attacco  Teheran, ancora proteste », Corriere della Sera, 25 février 2026 : il y a encore des troubles dans les universités de nouveau ouvertes, comme à Téhéran et à Machhad. En terriblement glaçant, Delphine Minoui, « Des dizaines de manifestants iraniens dans le couloir de la mort », Le Figaro, ibid. : ces victimes d’assassinat de masse sont condamnés pour « guerre contre Dieu » (moharebeh).

[67] Cf. Isabelle Lasserre, « Le dilemme de Trump en Iran », Le Figaro, 19 février 2026. De même pour le principe de direction à distance (exemple du Venezuela) avec l’armée (pasdarans inclus), cf. Majid Sattar, « Das Prinzip Fernsteuerung In Washington wird die Enthauptung des Regimes in Teheran erwogen », FAZ, 3 février 2026.

[68] Cf. Greta Privitera, « “Trump attaccherà l’Iran” Venti di guerra su Teheran (per spingere sui negoziati), Corriere della Sera, 19 février 2026, pour l’opération militaire Midnight Hammer, coordonnée avec les Israéliens, dans la nuit du 21 au 22 juin 2025 sur les sites de Fordo, Natanz et Ispahan.

[69] Cf. Yonah Jeremy Bob, « When could Trump decide to strike Iran ? These are the four most likely options – analysis », The Jerusalem Post, 22/23 février 2026, https://www.jpost.com/middle-east/iran-news/article-887547  [24 février 2026]

[70] Cf. « Wie Iran sich auf einen Krieg vorbereitet Khamenei soll Anweisungen gegeben haben, wer im Fall seiner Tötung übernimmt », FAZ, 23 février 2026. En réalité Khamenei a donné des instructions sur son successeur à venir, au cas où il serait liquidé et déjà assigné des compétences à un cercle étroit de confidents, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Larijani étant chargé d’assurer la survie du régime (message appuyé à Donald Trump, pas de regime change par la voie militaire) ; il a prévu la mobilisation de forces spéciales et des services, voire des bassidji (miliciens de la révolution islamique) chargés de faire appliquer au quotidien la parole de Dieu, en cas de troubles. Mais surtout, attention à son raisonnement qui n’a rien de négligeable (journal Etemaad). Le guide suprême estime que des frappes « limitées » seraient un moindre dommage pour la République islamique que la capitulation ; d’ailleurs, le Président ne peut se payer le luxe d’une longue confrontation de grande envergure entraînant des conséquences régionales et internationales avec des élections de mi-mandat (midterm elections) en novembre ; mieux, en cas d’affrontement global et malgré l’asymétrie des forces en présence, Téhéran serait capable selon les stratèges iraniens de surmonter des bombardements sur les sites nucléaires et les positions de missiles balistiques ou les usines de fabrication de ces derniers par un certain nombre de réactions : élimination de soldats américains sur les bases US dans la région, attaques sur l’État hébreu, bombardement des sites pétroliers des alliés de l’Amérique dans le Golfe comme l’Arabie saoudite, blocus du détroit d’Ormuz par lequel transitent 20% du trafic pétrolier dans le monde. Le coût d’une telle montée en puissance doit convaincre Trump de s’en tenir à un conflit limité ; n’avait-il pas selon Téhéran arrêté la guerre des Douze-Jours en raison des coups sensibles infligés à Israël par les missiles iraniens ? Dans tous les cas de figure, les diplomates chevronnés préviennent que les négociateurs adverses sont redoutables : « Witkoff va se faire plumer. Il va se faire empapaouter par Araghchi », cf. Isabelle Lasserre, « L’Iran et les États-Unis entre guerre et mauvaise paix », Le Figaro, 26 février 2026.

[71] 10 janvier 2026.

[72] Cf. Ramin Parham, « Observations sur la gnose iranologique française », et R. P., « Quand Ahmadinejâd faisait l’éloge de “Monde iranien” », Outre-Terre, n°28, 2011, « Iran, le compte à rebours ».

[73] « Le peuple iranien ne peut plus vivre avec cette abomination », entretien d’Abbas (Malekzadeh) Milani avec Adrien Jaulmes, Le Figaro, 27 janvier 2026 ; cette personnalité est professeur invité et directeur du programme d’études iraniennes à l’Université de Stanford,  auteur de Lost Wisdom Rethinking Modernity in Iran, Mage Publications, 2004.

[74] Cf. Isabelle Lasserre, « La retenue européenne face à la nouvelle “révolution” et aux massacres de civils », Le Figaro, 13 janvier 2026.

[75] Pour l’Italie Fabrizio Caccia, « La Farnesina : pasdaran terroristi  E l’Iran convoca l’ambasciatrice », Corriere della Sera, 28 janvier 2026. Plus généralement, Alessio Di Sauro, « La polemica per l’Ice ai Giochi  Caso pasdaran, ma l’Iran smentisce », et Francesca Basso, « La Ue verso la svolta : le milizie degli ayatollah formazioni terroristiche  Anche Parigi per il sì. Metsola : opportunità storica », loc. cit., 29 janvier 2026. Sur la nécessité proclamée par le ministre de l’Économie de Hesse d’empêcher le financement du terrorisme par l’Iran, « Kritik an Iran-Verbindung der Hilton-Hotels », FAZ, 28 janvier 2026.

[76] Cf. Francesco Basso, « Accordo nell’Ue : pasdaran terroristi Teheran replica : alimentate il fuoco », Corriere della Sera, 30 janvier 2026 : avis de l’Estonienne Kaja Kallas, Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et Vice-présidente de la Commission européenne, « la région n’a pas besoin d’une nouvelle guerre ». Et Florentin Collomp, « De Gaza à l’Iran, l’Europe spectatrice impuissante au Moyen-Orient en raison de ses divisions », Le Figaro, 19 juin 2025.

[77] Cf. Patrick Wintour, Andrew Roth, « « US-Iran nuclear talks end without a deal as threat of war grows », The Guardian, 26 février 2026, https://www.theguardian.com/world/2026/feb/26/trump-attack-threat-looms-as-nuclear-talks-between-us-and-iran-go-to-wire [26 février 2026] ; Abigail Hauslohner, Bita Ghaffari, Charles Clover, « US and Iran make “progress” in nuclear talks, mediator says », Financial Times, 26 février 2026, https://www.ft.com [26 février 2026] ; Benoit Faucon, Alexander Ward, Shelby Holliday, « In Iran Talks, U.S. Brings Tough Demands, Growing Military Presence », The Wall Street Journal, 26 février 2026, https://www.wsjcom/world/middle-east/u-s-brings-tough-demands-to-Iran-nuclear-talks–8aab06ad [27 février 2026] ; Greta Privitera, « Tensioni, pause tattiche Poi i “progressi” sull’Iran », Corriere della Sera, 27 février 2027.

[78] Cf. le texte très intéressant de Guido Olimpio, « La guerra dei nervi dell’Armada USA Uno sforzo militare enorme, ma l’obiettivo è ambiguo I rischi : “Munizioni solo per 7-10 giorni”. E Teheran ha imparato dagli errori », Corriere della Sera, 27 février 2026 pour les inquiétudes transpirées en particulier du général Dan Caine, chef d’état-major américain (démenti de Donald Trump quant à de quelconques divergences) : durant le conflit de juin 2025 les Israéliens et les Américains auraient gaspillé énormément de munitions et il n’en resterait que pour une durée de 7-10 jours ; les Iraniens ont tiré des leçons de la guerre des Douze-Jours.