par Michel Korinman – 15 novembre 2025
Nos sociétés occidentales ouest-européennes sont de plus en plus passionnées par les opinions et ignorantes des faits, surtout quand ils dérangent. Dans le cas des Palestiniens, cela revient à une islamophobie très particulière et un mépris total ; un phénomène « anti-pal », en quelque sorte, presque généralisé. Alors que le célèbre sondagiste palestinien Khalil Shikaki et son Polls and Survey Research (PCPSR) nous délivrent une passionnante étude réalisée en Cisjordanie/Judée-Samarie et la bande de Gaza du 22 au 25 octobre 2025, soit juste après l’annonce du plan Trump fin septembre suivi d’un cessez-le feu entre Israël et le Hamas reposant sur celui-ci : 1 200 personnes interviewées dont 760 en face à face dans le premier cas (76 lieux de résidence) et 440 dans le second (44). Avec une marge d’erreur de + ou – 3,5%. À Gaza dans des interviews réalisées sur 23 zones de recensement (counting areas), des espaces existants avant la guerre mais en majorité détruits ; les résidents dont les maisons ont été complètement ou partiellement démolies ont été interviewés sous des tentes dressées dans les décombres de celles-ci, alors que les résidents de zones inaccessibles (comme celle de Rafah au Sud et l’essentiel du nord de Gaza) l’ont été dans six refuges aménagés à cet effet et 15 tentes abris.
Dans nombre de pays occidentaux (évidemment hors Israël) le travail majeur de Shikaki a le plus souvent fait l’objet d’une réception anecdotique quand il n’était pas tout simplement ignoré[1]. C’est là une erreur grossière qui peut avoir des conséquences fondamentales et doit être réparée.
- Quand les Palestiniens sont interrogés pour la sixième fois quant au bien-fondé (correct or incorrect) de la sauvage agression lors du pogrom massif du 7-Octobre, on constate que le soutien à cet événement a continûment décliné dans l’ensemble (épreuve d’une effroyable guerre) ; il aboutit cependant à une majorité favorable de 53% (vs. 50% en mai 2025, mais 54% en septembre 2024, 67% en juin 2024 et 71% en mars 2024) laquelle s’arc-boute à cette ligne. Avec des gains récents à Gaza (44% = +7) et un appui élevé en Cisjordanie/Judée-Samarie (59% = mai 2025). La plupart des sondés, focalisés sur les souffrances éprouvées et attribuées à Israël, ne souhaitent retenir que ces dernières, et ils sont une majorité écrasante à ne pas accorder de crédit en ce qui concerne les atrocités infligées aux civils israéliens telles que les rapportent les médias internationaux (86% contre seulement 10%).
- La majorité des Palestiniens (80% contre 20%) souhaitent que le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas (Abou Mazen) se retire. 41% d’entre eux (contre 40% cinq mois auparavant) considèrent que le Hamas est la faction la plus apte à les représenter contre 22% favorables au Fatah du président Abbas (19% néanmoins il y a cinq mois), les deux factions étant disqualifiées par 31% (35% sept mois plus tôt) des sondés. 80% des Palestiniens (92% en Cisjordanie/Judée-Samarie et 61% à Gaza) pensent que la corruption ronge les institutions de l’AP. Une majorité de Gazaouis (59%) restent toutefois optimistes pour ce qui est de l’éventualité d’une véritable restauration de l’AP, susceptible de conduire à l’établissement d’un État palestinien qui satisfasse les aspirations des gens ; par contre une majorité (certes très faible à 51% ) de Palestiniens de Cisjordanie/Judée-Samarie n’y croient pas même si semblable restauration était menée de fond en comble. Les premiers sont évidemment « éloignés » de l’AP depuis 2007 – « bataille de Gaza » et prise de contrôle de la bande par le Hamas. Mais surtout, ce sont les Gazaouis qui ont subi d’immenses souffrances du fait des terribles dommages collatéraux de la guerre dans la bande ; d’où leur intérêt en matière d’avancées. En cas d’élections législatives avec 65% de participation déclarée, 44% voteraient pour le Hamas, 30% pour le Fatah, 10% pour des partis tiers (16% n’étant pas encore fixés), avec une hausse mineure dans le cas des deux premières factions : 49% à Gaza (stable) et 32% (+2) respectivement pour le Hamas et le Fatah ; en Cisjordanie/Judée-Samarie, 40% en faveur du Hamas (+2) et 29% (+2) au Fatah. 56% (60% il y a cinq mois) pensent que l’AP est devenue un poids pour les Palestiniens contre 40% (35% précédemment) qui la tiennent pour un atout. La guerre, de fait, aurait même renforcé en deux ans le soutien au Hamas : 18% déclarent que leur appui, déjà élevé, serait resté inchangé et 19% que leur soutien aurait considérablement augmenté (17% un peu). Élément majeur : les Palestiniens ne sont que 33% à souhaiter un retour plein ou partagé de l’AP au pouvoir à Gaza ; ils s’opposent largement (41%) à une gouvernance de l’AP y compris le contrôle par celle-ci de la reconstruction de la bande (44% en Cisjordanie/Judée-Samarie et 37% à Gaza) ; environ un quart (24%) préfèrent un comité indépendant de professionnels ; seulement 23% soutiennent le retour de l’AP à un plein contrôle de la bande de Gaza ; un mince pourcentage de 10% donnent leur préférence à un comité sous l’égide de l’AP. Si des élections présidentielles avaient lieu dans l’immédiat avec pour candidats l’ancien cadre du Fatah et figure emblématique Marwan Barghouti (le « Mandela palestinien » condamné à perpétuité pour meurtre et pour son rôle dans différents attentats au cours de la seconde intifada, incarcéré depuis 2002), Mahmoud Abbas (Fatah) et Khaled Mechaal (l’un principaux dirigeants de la branche politique du Hamas à l’étranger) – 68% de participation déclarée, les résultats s’élèveraient à respectivement 49% pour le premier, 36% au troisième et 13% au deuxième ; mais dans le cas où seulement Mechaal et Abbas se présenteraient (chute à 53% de participation déclarée), c’est le premier qui l’emporterait par 63% contre 27% (68% vs. 25% cinq mois plus tôt). 60% des Palestiniens en général (contre un tiers seulement) doutent que l’AP veuille réellement organiser des élections présidentielles et législatives (d’ici un an). D’ailleurs, une forte majorité d’entre eux, 63% !, rejettent les conditions posées par Abbas pour une autorisation de participer à ces élections, soit l’acceptation des engagements de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), le mouvement fondateur représentant le peuple palestinien créé en 1964, y compris les accords avec Israël : 70% (!) en Cisjordanie/Judée-Samarie et 52% à Gaza (expérience de la guerre). Ce qui explique pourquoi une majorité de Palestiniens, 53% contre toutefois une consistante minorité de 45%, sont opposés à la formation d’un comité de techniciens palestiniens, professionnels hautement qualifiés, non affiliés que ce soit à l’AP ou au Hamas + experts internationaux afin de gérer la bande de Gaza sous l’égide d’un parapluie international, le Conseil de la paix présidé et dirigé par Donald Trump avec d’autres membres et chefs d’État (plan) ; même si l’on note que les Gazaouis y sont favorables (nécessité urgente) à une faible majorité de 51% (contre 41% en Cisjordanie/Judée-Samarie). Un rôle de « coordination » du comité des techniciens et des experts par l’AP est rejeté par 56% en Cisjordanie/Judée-Samarie (contre seulement 40%) alors qu’une majorité de Gazaouis, 54% (contre 45%), le soutiennent[2]. Paradoxe : la perspective d’une victoire du Hamas se situe autour d’environ 40% (39%) de la population palestinienne et en baisse par rapport à 43% il y a cinq mois, 50% douze mois auparavant et 67% quinze mois avant. Avec plus d’optimisme en Cisjordanie/Judée-Samarie bien que le chiffre ait chuté à 48% contre 56% il y a cinq mois ; alors qu’il est aujourd’hui en progrès à 27% dans la bande de Gaza, mais 3 Gazaouis sur 10 (soit une fraction non négligeable d’entre eux) s’attendent à la victoire d’Israël. Quoi qu’il en soit : une majorité de Palestiniens pensent que la guerre va bientôt rependre, surtout dès lors que Netanyahou, à partir du moment où tous les otages seront rentrés en Israël, fait du désarmement du Hamas une condition sine qua non de la paix : 59% (contre 33%) en Cisjordanie/Judée-Samarie cependant que les Gazaouis sont divisés : 49-48%. On voit que les Palestiniens s’écartent, à l’égard de l’Autorité palestinienne, du pape Léon IV lequel a reçu en majesté le président de l’AP le 6 novembre, l’intronisant de la sorte comme interlocuteur de la communauté internationale.
3) Quant au plan Trump, 47% des Palestiniens le soutiennent s’il s’inscrit dans un cadre arabe et musulman, mais 49% s’y opposent. Cet appui est beaucoup plus élevé dans la bande de Gaza où les gens qui ont subi la guerre souhaitent reconstruire l’habitat détruit à 90% qu’en Cisjordanie/Judée-Samarie : 59% et 39% respectivement. Une majorité de 62%, toutefois, ne pensent pas qu’il réussira à mettre un terme, une fois pour toutes, à la guerre ; un pessimisme plus marqué en Cisjordanie/Judée-Samarie (67%) qu’à Gaza (54%). D’ailleurs, les positions des Palestiniens se superposent à 62% aux réponses apportées au plan par le Hamas avec un appui nettement plus élevé dans le premier cas que dans le second : 65% vs. 56%. Ils rejettent donc à une écrasante majorité, 69% contre seulement 29%, et comme ces derniers, un désarmement des fondamentalistes dans la bande même si c’est une condition du retour à la paix : 78% (87% avec la perspective d’un engagement de paix permanente !) en Cisjordanie/Judée-Samarie et 55% à Gaza. Ceci en contradiction totale avec le point 13 du plan Trump : « Il y aura un processus de démilitarisation de Gaza sous supervision d’observateurs indépendants, qui comprendra la mise en place permanente d’armes hors d’usage par le biais d’un processus de démantèlement convenu, et soutenu par un programme de rachat et de réintégration financé par la communauté internationale, le tout vérifié par des observateurs indépendants ». Ce qui explique pourquoi le Hamas a réussi à recruter quelque 20 000 soldats (naturellement peu entraînés) même après avoir perdu la guerre militairement sur le terrain. Une large majorité (70% contre 21% en Cisjordanie/Judée-Samarie et 34% à Gaza) des Palestiniens ne croient pas que le plan conduira à l’établissement d’un État palestinien indépendant en Cisjordanie/Judée-Samarie et à Gaza dans les cinq années à venir. En revanche : une bonne partie d’entre eux pensent que le processus mènera à une normalisation des États arabes et musulmans avec Israël d’ici un an ou deux même si un État palestinien n’a pas vu le jour : 49% contre 48% (53% en Cisjordanie/Judée-Samarie et 42% à Gaza). Ce qui traduit de façon perspicace une confiance très limitée dans le soutien des frères arabes et musulmans (lesquels comme le Liban et la Tunisie ont une mémoire historique de l’« occupation » palestinienne ; sans compter l’Égypte qui redoute plus que tout les ingérences terroristes de l’organisation fondamentaliste dans le Sinaï (même si – double jeu – elle tolère traditionnellement la contrebande d’armes entre autres, recadrée dans le passé certes seulement pour partie en recourant à la manière forte, par les tunnels à travers la frontière avec Gaza et récemment par voie aérienne de drones). Dans le même sens, une large majorité des Palestiniens, 68%, rejettent l’hypothèse d’une force armée arabe intégrant l’Égypte, la Jordanie et autres pays arabes et musulmans afin de maintenir la sécurité et désarmer le Hamas !! ; l’opposition étant cependant beaucoup plus élevée en Cisjordanie/Judée-Samarie, 78%, qu’à Gaza, 52%[3]. Interrogés sur leurs indices de satisfaction quant à ces pays, c’est aux Houthis du Yémen qui se qualifieraient par une intransigeance indéfectible que va traditionnellement la palme des sondés palestiniens à 74% (84% en Cisjordanie/Judée-Samarie et 60% dans la bande de Gaza)[4], suivis par le Qatar, 52% (soutien majeur des Frères musulmans, le Hamas ayant été fondé en 1987 en tant que branche politique et armée des Frères musulmans palestiniens, et vastes financements), le Hezbollah (50%) et l’Iran (44%, nébuleuse massivement armée et financée de clients-proxies) ; seulement 42%, 34% et 27% respectivement à la Turquie (pourtant bastion des Frères musulmans), la Jordanie et l’Arabie saoudite[5]. Contrairement au plan Trump et à ce que veut Israël, 37% des Palestiniens aspirent à des élections présidentielles et législatives avec une participation incluant le Hamas, 31% souhaitent la formation d’un gouvernement d’union nationale incluant le Hamas et 27% une première étape de réconciliation immédiate avec le Hamas[6]. Donc toujours en contradiction majeure avec le point 13 du plan américain : « Le Hamas et d’autres factions acceptent de ne jouer aucun rôle dans la gouvernance de Gaza, directement, indirectement ou sous quelque forme que ce soit ».
On peut sinon admettre, du moins comprendre que pour une majorité d’Israéliens la perspective de la « théorie des deux États » (une « Palestine » aux côtés de l’État hébreu) n’ait rien d’enthousiasmant, car elle équivaut dans leurs représentations à l’installation d’un « Hamastan » à leurs frontières et à l’éventualité de répétitions du 7-Octobre dans l’avenir. D’où le flou volontaire caractérisant le point 19 du plan Trump : « Alors que le redéveloppement de Gaza progresse et que le programme de réforme de l’Autorité palestinienne est fidèlement mis en œuvre, les conditions pourraient enfin être réunies pour une voie crédible vers l’autodétermination palestinienne et la création d’un État, que nous reconnaissons comme l’aspiration du peuple palestinien » ; en somme affaire à suivre pendant quelques décennies. Voilà qui pourrait le cas échéant être ratifié par les Saoudiens (et les Israéliens) lesquels ne s’engageraient de facto sur rien. Les Israéliens sont nombreux à récuser désormais l’option du mretrait des militaires et des civils israéliens de la bande de Gaza en août-septembre 2005 (adoption par le gouvernement d’Ariel Sharon le 6 juin 2004).
Point d’orgue : une légère majorité de Palestiniens, donc une grande partie d’entre eux, marqués par la bien réelle radicalisation de certains groupes de colons de Cisjordanie/Judée-Samarie, considèrent la « théorie des deux États » comme irréalisable compte tenu de l’expansion des implantations/de la colonisation (selon le point de vue), ce qui traduit par ailleurs une véritable division au sein de cette population : 56% (64% néanmoins cinq mois plus tôt) contre 41% (33% auparavant). Qui plus est : 53% contre 44% des Palestiniens s’opposent à l’établissement d’une Palestine indépendante dans les frontières du 4 juin 1967 (juste avant la guerre des Six Jours), démilitarisée et avec Jérusalem-Est pour capitale, de même que des échanges limités de territoire et des garanties internationales. Il est de nouveau intéressant de noter que le soutien à cette indépendance est presque deux fois plus élevé dans la bande de Gaza qu’en Cisjordanie/Judée-Samarie : respectivement 61% et 33% ; 63% d’opposition dans le second cas contre 39% à Gaza (probablement l’expérience extrêmement douloureuse de la guerre joue-t-elle ici aussi un très grand rôle). Cela dit : confrontés au choix entre la solution à deux États dans les frontières de 1967, une confédération entre deux États israélien et palestinien et la perspective d’un seul et unique État où juifs et arabes jouiraient d’une égalité des droits, les Palestiniens de Cisjordanie/Judée-Samarie et de Gaza donnent leur préférence dans les deux cas à 47% contre 18% aux « deux États » alors que la confédération ne recueille que 18% des voix (8% en Cisjordanie/Judée-Samarie et 33% à Gaza), 12% (10% et 14%) envisageant un seul et unique État égalitaire. Fait particulièrement notable : quand les Palestiniens sont confrontés à un choix entre trois options devant permettre l’établissement d’un État indépendant, 41% choisissent la « lutte armée » (49% en Cisjordanie/Judée-Samarie et – expérience tragique aidant – 30% à Gaza ; 36% (37% dans le premier cas, 35% dans le second) optent pour les négociations ; 19% (13% et 29% respectivement) choisissant une résistance populaire pacifique. L’option de résistance restant majoritaire malgré une très légère baisse, une hausse de 3 points en faveur de négociations…et un très mince affaiblissement du soutien à la résistance pacifique[7]. Plus généralement : quand les Palestiniens sont interrogés sur leur priorité vitale, 41% considèrent que prime la libération des territoires « occupés » depuis 1967, mais 32% placent en tête le retour des réfugiés de 1947-1950 (exode de 1948, Nakba) avant, durant et après la guerre israélo-arabe (guerre d’indépendance pour les Israéliens) de 1948-1949, alors que 15% jugent primordiale l’instauration d’une société pieuse (et morale), seulement 10% préconisant l’établissement d’un système politique qui respecte les libertés et les droits des Palestiniens.
Rien d’étonnant dans ces conditions à ce qu’émerge de nouveau le projet très géopolitique et multiforme d’une fédération entre la Jordanie (aux deux tiers environ palestinienne selon les observateurs – sans compter la définition variable de qui est palestinien – à l’instar de la reine Rania) et deux zones arabes autonomes en Cisjordanie/Judée-Samarie. L’avenir par exemple d’après Dov Zerah, ancien directeur général des Monnaies et Médailles et de l’Agence française de Développement : « Que cette fédération jordano-palestinienne supervise, en assurant la sécurité, un canton palestinien autonome en Samarie, éventuellement étendu à des territoires israéliens dans le cadre d’un échange de territoires ainsi qu’un canton palestinien autonome en Judée »[8]. Après le pogrom barbare et inhumain du 7-Octobre, les portes de l’Histoire sont une fois de plus largement ouvertes.
PS Une base US à la frontière avec Gaza sur le sol israélien pour accueillir des forces internationales (20 000 effectifs chargés de maintenir le cessez-le-feu) ? On verra bien quel pays accepte d’envoyer un contingent, pour le moment aucun des pays contactés par Washington .
IMPASSE ?
Le récent projet des militaires US (documents cependant non classifiés, ce qui indique une certaine relativisation d’en haut) de partager Gaza en deux tranche par sa clarté : une « zone verte » à l’est jusqu’à la « ligne jaune » en deçà de laquelle Tsahal s’est retiré – dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu signé le 9 octobre et entré en vigueur à Gaza le lendemain (pressions américaines) – sous contrôle israélien (démarcation incluse) et international avec démarrage de la reconstruction, d’une part ; une « zone rouge » à l’ouest laissée en ruine où le Hamas retrouve des forces, de l’autre. Pour les auteurs de ces documents il s’agit d’assécher la « zone rouge », de tenter de convaincre la population de se rendre dans la « zone verte » à terme reconstruite ; une grave menace politique et militaire en direction des fondamentalistes dès lors coupés de leur base. Du point de vue de nombre de Palestiniens, il y a ici sans nul doute une stratégie jusque-là plus ou moins masquée mais enfin révélée au grand jour d’instaurer une pax israeliana soutenue par les États-Unis dans la région[9]. Qu’il s’agisse d’une mise en scène simplement déclarative – impressionner le Hamas – ou d’une réalité susceptible de se traduire concrètement dans les faits, un blocage n’aurait rien d’étonnant.
[1] Cf. Press Release : Public Opinion Poll No (96), 28 octobre 2025, https://www.pcpsr.org/en/node/1000 [9 novembre 2025]. Pour un très bon résumé, Majd El-Safadi, « Die Hamas bleibt unter Palästinensern stärkste Kraft », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 30 octobre 2025.
[2] Voir à l’inverse le sondage (orienté ?) de The Institute for Social and Economic Progress (Ramallah) qui situe le Hamas à 2,9% des intentions de vote ! ; 32,8% des sondés optent pour un candidat indépendant, 16,3% pour le Fatah, 31,5% s’abstenant.
[3] Phénomène intéressant : dès lors qu’il ne s’agit plus de désarmer le Hamas, mais simplement de sécuriser les frontières, d’empêcher la contrebande d’armes et d’assurer la sécurité interne en coopération avec le comité technique et la police palestinienne locale (Hamas), une majorité de Gazaouis, 53%, et une minorité considérable en Cisjordanie/Judée-Samarie, 43%, apportent leur soutien à une mission internationale arabe alors que 47% des premiers et 60% des seconds la rejettent.
[4] Les Houthis ont cependant laissé entendre qu’ils suspendaient temporairement leurs attaques visant des navires israéliens en mer Rouge, alors qu’un cessez-le-feu fragile se maintient dans la bande de Gaza.
[5] L’autre palme, cette fois sur le plan international, va à la Chine (34%), suivie par la Russie (25%), les États-Unis = Donald Trump meilleur allié d’Israël ne recueillant fatalement que 6% des suffrages. Respectivement 35%, 14% et 20% se portent sur l’Espagne (grand défenseur des Palestiniens en Europe), le Royaume-Uni et la France (médiocrement) payée en retour pour son théâtral engagement en faveur de la reconnaissance d’une quelconque Palestine) ; ceci bien que pour 53% le mouvement de reconnaissance de la Palestine emmené par la France, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie rapproche les Palestiniens de la fin de l’occupation (point de vue) et d’un État réel. Plus fort : une grande majorité, 65%, estiment que la vague mondiale de solidarité en leur faveur telle qu’elle s’est exprimée lors des manifestations dans les capitales occidentales, une volonté de briser le blocus autour de Gaza (flotilles internationales) ou encore le déclin global du soutien à Israël (États-Unis inclus) est un atout majeur. De là à ce que certains observateurs israéliens ou américains évoquent de façon détaillée des financements « extérieurs », il n’y avait naturellement qu’un pas.
[6] Facteur important : une majorité des Palestiniens (58%) ont donné la priorité médiatique à Al Jazeera (Qatar) pendant les événements.
[7] Dès lors qu’il s’agit d’autodéfense contre les attaques de colons israéliens en Cisjordanie/Judée-Samarie, l’option qui consiste à déployer les forces de police palestiniennes (AP) dans les zones concernées est placée en tête par 30% des sondés ; un quart d’entre eux estiment que la formation de groupes armés est la seule possibilité envisageable ; seulement 10% sont favorables à la formation de groupes désarmés. Mais totale confusion : les sondés sont également 30% à faire confiance à Tsahal bien qu’une très forte majorité de 75% déclarent que l’armée israélienne soutient les colons et ne prévient non plus qu’elle ne stoppe les attaques ; pour 93% (!) les services de sécurité palestiniens (AP) n’interviennent sur zone ni durant ni après les attaques – méfiance donc extrêmement limitée de la population palestinienne.
[8] Une enquête du PCPSR en 2018 a cependant révélé qu’environ les deux tiers (contre 29%) des Palestiniens de Cisjordanie/Judée-Samarie et de la bande de Gaza s’opposent à cette idée (tout comme à celle, trilatérale, qui associerait Palestine, Jordanie et Israël – 75% contre 18%), parce qu’ils se méfient selon Shikaki des équipes américaines et craignent que semblable projet ne soit destiné à miner celui d’un État palestinien, cf. Public Opinion Poll No (69) Press Release, 5-8 septembre 2018, https://pcpsr.org, « Jordanian Option », https://en.wikipedia.org [9 novembre 2025]. Cf. l’entretien extrêmement clair avec Dov Zerah sur israelValley SITE OFFICIEL DE LA CHAMBRE DE COMMERCE FRANCE-ISRAËL, « Question à Dov Zerah. La France a initié un mouvement de reconnaissance d’un État palestinien. Quelles en sont les motivations ? », 13 août 2005, https://Israelvalley.com/2025/08/13/question-a-dov-zerah-la-france-…connaissance-dun-etat-palestinien-quelles-en-sont-les-motivations [9 novembre 2025], initialement paru sur atlantico.fr sous le titre « Cette autre solution pour un État palestinien que tout le monde feint d’ignorer ». Et toujours de Dov Zerah « Ce qui serait le meilleur État palestinien », Commentaire, n°191, automne 2025.
[9] Cf. Emma Graham-Harrison, « US military planning for divided Gaza with “green zone” secured by international and Israeli troops », The Guardian, 14 novembre 2025, https://www.theguardian.com/world/2025/nov/14/us-military-plan-divided-gaza-green-zone [15 novembre 2025].