du

Michel Korinman

20 décembre 2024

Chacun se souvient du cĂ©lĂšbre et trĂšs intĂ©ressant livre d’Edward SaĂŻd, L’Orientalisme L’Orient créé par l’Occident (Orientalism, 1978) dans la mesure oĂč il peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le texte fondateur des Ă©tudes postcoloniales. Cet anti-Huntington (critiquĂ© avec virulence) dĂ©veloppe une thĂšse fondamentale quant Ă  l’histoire du discours colonial sur les populations orientales sous le joug europĂ©en : la domination politique et culturelle de l’Orient par l’Occident Ă  travers la « re-prĂ©sentation » (la reconstruction) du premier par le second, laquelle implique une diabolisation des Orientaux (surtout des Arabes) et de l’islam ainsi qu’une dĂ©prĂ©ciation de la langue arabe.

L’argument a quelque chose d’impressionnant, de massif, d’autant que SaĂŻd le complique : « La distinction que je suis en train de faire se place vraiment entre une positivitĂ© presqu’inconsciente (et certainement intouchable), que j’appellerai l’orientalisme latent, et les diffĂ©rentes affirmations sur la sociĂ©tĂ©, les langues, les littĂ©ratures, l’histoire, la sociologie, etc., de l’Orient, que j’appellerai l’orientalisme manifeste. Mieux : « Quelque soit le changement qui se produise dans la connaissance de l’Orient, on le trouve presque exclusivement dans l’orientalisme manifeste ; l’unanimitĂ©, la stabilitĂ©, la persistance de l’orientalisme latent sont plus ou moins constantes »[1]. Au fond, les Occidentaux ont « fabriqué » les Orientaux de façon Ă  mieux les contraindre, les subjuguer, les exploiter. On passera sur la critique Ă©videmment fondĂ©e de Bernard Lewis (attaquĂ© par le premier) : SaĂŻd crĂ©e artificiellement un groupe, les orientalistes qui partageraient les mĂȘmes arguments ; il ignore le monde germanique (reste focalisĂ© sur les Britanniques et les Français) ; il multiplie les rĂ©fĂ©rences aux Ă©crits mineurs ou occasionnels par rapport aux Ɠuvres majeures ; il fait Ă©merger l’orientalisme moderne Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle alors que celui-ci remonte Ă  la pĂ©riode oĂč l’Empire ottoman dominait la MĂ©diterranĂ©e deux siĂšcles plus tĂŽt ; il mĂ©lange les vrais orientalistes avec les poĂštes ; il a commis une sĂ©rie d’entorses Ă  la vĂ©ritĂ© et d’erreurs factuelles ; il laisse totalement de cĂŽtĂ© les spĂ©cialistes soviĂ©tiques alors qu’ils sont beaucoup plus tendancieux et dĂ©nigrants que les Britanniques et les Français[2].

Trois remarques de bon sens s’imposent cependant. D’abord, Edward SaĂŻd n’oppose jamais dans son magistral ouvrage une « anti-mĂ©connaissance » susceptible de se substituer Ă  l’information orientĂ©e, alignĂ©e sur le racisme et le colonialisme ; si les Orientaux ne sont pas ce que veulent les orientalistes, alors qui sont-ils dans l’optique justement de l’auteur. Ensuite, « Pire encore, il n’y a en Orient pour ainsi dire aucun institut, mĂȘme modeste, qui soit consacrĂ© Ă  l’étude de l’Orient »[3]. Or SaĂŻd lui-mĂȘme, aprĂšs avoir obtenu un doctorat Ă  Harvard, rejoint l’universitĂ© Columbia en 1963 et y travaillera comme professeur de littĂ©rature anglaise et comparĂ©e jusqu’à sa mort en 2003, alors qu’il pouvait s’installer (rĂȘvons) dans des pays aussi « progressistes » que la Libye, l’Irak et l’AlgĂ©rie[4]. Enfin, l’auteur invite au doute sur ses positions intellectuelles car elles sont tout aussi orientĂ©es (en sens inverse) que l’orientalisme honni dans la mesure oĂč il fait une place tout Ă  fait acceptable de son point de vue Ă  l’antisionisme, ce qui permet de se demander si ses analyses ne sont pas prĂ©cisĂ©ment liĂ©es Ă  cette option politique[5]. Rappelons qu’Edward SaĂŻd, membre du Conseil national palestinien depuis la fin des annĂ©es 1970, en avait dĂ©missionnĂ© par opposition aux mĂ©thodes de la direction de l’OLP ; mĂȘme s’il combattait toute forme de nĂ©gationnisme et se prĂ©sentait comme favorable au dialogue avec les forces israĂ©liennes progressistes, il Ă©tait hostile aux accords d’Oslo[6].

Il convient maintenant de gĂ©opolitiser le dĂ©bat en se contentant d’observer dans la rĂ©alitĂ© contemporaine le fonctionnement actuel de certaines directions du Proche- et Moyen-Orient (Ă  l’évidence pas toutes) afin de mettre a posteriori Ă  l’épreuve l’argumentation de SaĂŻd dĂšs lors que le colonialisme n’est plus.

1 EnrÎler Dieu !

DrĂŽle de raisonnement que celui du successeur (faute de mieux) de l’ex-secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Hezbollah Hassan Nasrallah (liquidĂ© par les IsraĂ©liens le 27 septembre), NaĂŻm Qassem, aprĂšs l’accord de cessez-le-feu entre IsraĂ«l et le Liban signĂ© le 26 novembre et entrĂ© en vigueur le lendemain : ceux qui pensent que le conflit a affaibli le Hezbollah se trompent ; l’organisation serait sortie encore renforcĂ©e d’une victoire supĂ©rieure Ă  celle de 2006 sur « les sionistes » ; elle a stupĂ©fiĂ© le monde par sa capacitĂ© de rĂ©sistance et de mise en dĂ©route de l’ennemi, les miliciens ayant infligĂ© « des dommages colossaux » Ă  IsraĂ«l. Mais l’explication dĂ©borde largement les aspects militaires : si le Hezbollah (Parti de Dieu) a battu les « sionistes », c’est parce qu’il s’agit d’une « victoire divine »[7] : que veut-il dire par là ? Sans doute que l’islam, en dĂ©finitive, ne peut de toute façon jamais baisser pavillon puisque l’action des musulmans (en l’occurrence chiites) est ancrĂ©e dans la volontĂ© divine. Peu importe qu’un Libanais sur quatre ait perdu sa maison, que le rapport des pertes soit d’une victime israĂ©lienne pour 33 Libanais, que les forces de JĂ©rusalem soient encore prĂ©sentes au Liban et tirent Ă  leur grĂ©, qu’elles aient avec leurs services secrets et leurs missiles Ă©liminĂ© l’un aprĂšs l’autre 800 officiers (premiĂšre et deuxiĂšme lignes du commandement). Vu l’essence divine de son combat le Hezbollah a beau chanceler, il ne peut que transformer rhĂ©toriquement un « ko technique » en victoire. D’oĂč la facilitĂ© avec laquelle le cheikh Ă©vite de se rĂ©tracter sur le retrait au nord du fleuve Litani, tandis que les forces armĂ©es autorisĂ©es Ă  rester dans la zone frontaliĂšre seront les Forces armĂ©es libanaises et la Finul (Force intĂ©rimaire des Nations unies au Liban), IsraĂ«l (60 jours jusqu’au 25 janvier 2025 pour se retirer aprĂšs le dĂ©ploiement des forces prĂ©cĂ©dentes) conservant « une totale libertĂ© d’action militaire » pour attaquer le Liban en cas de violation du cessez-le-feu par le Hezbollah ou autres. Sans compter qu’il n’y a mĂȘme pas accord entre l’organisation et les AmĂ©ricains sur le choix d’un nouveau prĂ©sident (aprĂšs deux annĂ©es de vacance) lors de la session parlementaire le 9 janvier 2025 : le Hezbollah ayant toujours souhaitĂ© un « homme de transition » comme Sleiman Tony FrangiĂ©, maronite (comme le stipule la Constitution libanaise) mais ami d’enfance du prĂ©sident syrien Bachar el-Assad et protagoniste de l’alliance avec les chiites ; Amos Hochstein l’émissaire amĂ©ricain, plaidant pour Joseph Khalil Aoun Ă©galement maronite mais n’entretenant pas des relations dĂ©sagrĂ©ables aux Occidentaux et aux IsraĂ©liens. Il y a plus : le « cessez-le-feu » a permis d’organiser le 30 novembre Ă  Dahieh, quartier chiite du sud de Beyrouth, une premiĂšre commĂ©moration de Hassan Nasrallah, « martyr national », dans le ground zero du bunker dĂ©truit du quartier gĂ©nĂ©ral de l’organisation. Mais au prix de curieuses dĂ©viations[8]. On se situerait d’aprĂšs les sunnites Ă  la limite du blasphĂšme : le Hezbollah a construit sur les dĂ©combres des immeubles une structure cubique qui rappelle forcĂ©ment la Kaaba de La Mecque (et autour de laquelle les prĂ©sents sont disposĂ©s en cercle !) non pas noire comme l’original mais rouge comme le sang d’al- កusayn ibn ‘Ali, premier martyr des chiites, et celui de Nasrallah du coup Ă©levĂ© Ă  un statut de saint, avec des rayons bleus de lumiĂšre Ă©voquant l’ascension de l’ñme vers le paradis. De mĂȘme pour les polĂ©miques avec les chrĂ©tiens qui s’indignent d’avoir dĂ©couvert que ressortait dans l’invitation l’expression « LumiĂšre nĂ©e de la lumiĂšre », tel un emprunt massif au Credo chrĂ©tien : « Je crois en un seul Seigneur, JĂ©sus Christ, le fils unique de Dieu, nĂ© du PĂšre avant tous les siĂšcles : il est Dieu, nĂ© de Dieu, lumiĂšre, nĂ©e de la lumiĂšre » ; sans compter qu’il Ă©tait demandĂ© aux participants de porter une chandelle, symbole tout Ă  fait Ă©tranger Ă  la tradition musulmane. Donc : selon le Hezbollah l’ « islam » triomphe ou triomphera infailliblement Ă  terme (sans limites temporelles affichĂ©es) et par tous les moyens (militaires ou symboliques) ; il ignore et dĂ©crie ce qui n’est pas associĂ© Ă  la force ; mais n’est-ce pas une position trĂšs largement rĂ©pandue dans la « rue arabe et musulmane en gĂ©nĂ©ral » ? Analyse trĂšs juste Ă  cet Ă©gard de Renaud Girard : « Les Occidentaux ont commis une grave faute morale et stratĂ©gique Ă  ne pas dĂ©fendre les chrĂ©tiens d’Orient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Moralement il y a quelque chose d’abject Ă  ne pas dĂ©fendre, dans une rĂ©gion donnĂ©e du monde, les seuls ĂȘtres humains qui pensent comme vous. StratĂ©giquement, les Occidentaux ont donnĂ© un signe de faiblesse Ă  tous leurs ennemis potentiels dans la rĂ©gion. Au Moyen-Orient, est considĂ©rĂ© comme faible celui qui se montre indiffĂ©rent au sort de ses amis »[9].

2 Quand les Persans faisaient des mystĂšres

TĂ©hĂ©ran a dĂ©montrĂ© sa fragilitĂ© et sa faiblesse lors de la conquĂȘte de la Syrie par les djihadistes en rapatriant ses officiers et ses diplomates sans tenter le moindre soutien Ă  Bachar el-Assad puisque sa chute relĂšve de « la volontĂ© du peuple syrien » ! L’opposition commence Ă  Ă©tablir un lien entre Assad et le guide suprĂȘme Ali Khamenei : difficile de se maintenir au pouvoir sans appui massif au sein de la population et de l’armĂ©e[10]. D’autant que la critique s’étend jusqu’au sein du pouvoir par exemple Ă  propos de la nouvelle loi sur le voile[11]. D’oĂč l’incomprĂ©hension lĂ©gitime quant Ă  la rĂ©action des ayatollahs au texte Ă©laborĂ© par Londres, Paris et Berlin (E3) ainsi que Washington, approuvĂ© le 21 novembre par 19 des 35 États membres (opposition de la Russie, de la Chine et du Burkina Faso et abstention de 12 pays) du Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA, siĂšge Vienne), et rappelant l’Iran Ă  ses « obligations lĂ©gales » en vertu du TraitĂ© de non-prolifĂ©ration (TNP) ratifiĂ© en 1970 ; la RĂ©publique islamique, bien qu’à l’évidence affaiblie, ordonne du coup par le biais du chef de l’organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) la « mise en service d’une sĂ©rie de nouvelles centrifugeuses avancĂ©es et de diffĂ©rents types » : 6 000 qui s’ajoutent aux 10 000 dĂ©jĂ  installĂ©es souterrainement Ă  Natanz et Ă  Fordo. Alors que l’Iran a beaucoup rĂ©duit depuis 2021 sa coopĂ©ration avec l’Agence et que son programme nuclĂ©aire ne cesse de monter en puissance (mĂȘme si TĂ©hĂ©ran nie vouloir se doter de la bombe). Paradoxe : les ayatollahs redoutent que l’E3 ne mobilise le rapport demandĂ© Ă  l’Agence d’ici le printemps 2025 sur « l’existence ou l’utilisation possibles de matĂ©riel nuclĂ©aire non dĂ©claré » en Iran pour activer le mĂ©canisme de snapback de l’accord de 2015 visant Ă  amener le Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU Ă  rĂ©tablir les sanctions internationales contre TĂ©hĂ©ran ; comme si les EuropĂ©ens voulaient anticiper sur un durcissement de la politique amĂ©ricaine avec Trump ; l’accord arrivant Ă  son terme en octobre 2025, ce mĂ©canisme ne peut Ă©videmment ĂȘtre activĂ© que jusqu’à cette date, c’est-Ă -dire trĂšs vite. Mieux : la RĂ©publique islamique, aprĂšs avoir fait quelques concessions, menace de sortir du TNP. En somme, le raisonnement des ayatollahs est le suivant : moins je dispose de puissance rĂ©elle, plus je hausse le ton. Or, l’E3 a indiquĂ© qu’au cas d’un enrichissement de l’uranium par les Iraniens passant de 60% Ă  90%, les ayatollahs disposeraient dĂšs maintenant de rĂ©serves suffisantes Ă  la production de quatre bombes[12]. Mais on ne s’y trompe pas, car les rusĂ©s mollahs savent que le temps presse pour l’Iran dĂšs lors que la future administration Trump a promis de renforcer les sanctions Ă  son Ă©gard, et ils dĂ©claraient vouloir entamer des discussions avec les EuropĂ©ens le vendredi 29 novembre[13]. LĂ  ils ont certainement raison : Benyamin Netanyahou (qui le demande depuis longtemps) pourrait conduire Trump Ă  lui fournir les capacitĂ©s militaires qui font encore dĂ©faut Ă  l’État hĂ©breu pour stopper le programme nuclĂ©aire iranien ; des conseillers du prĂ©sident Ă©lu considĂšrent que la pression sur la RĂ©publique islamique ne suffit pas Ă  l’endiguer et envisagent une action militaire sur les sites nuclĂ©aires iraniens ; le Premier ministre israĂ©lien s’adressant directement au peuple iranien : « Le jour viendra oĂč l’Iran sera libre – et je suis convaincu que cela arrivera bien plus tĂŽt que les gens pensent » ; nombre d’analystes notent que les Iraniens craignent un attaque israĂ©lienne, interprĂ©tant le cessez-le feu au Liban comme une manƓuvre afin de libĂ©rer des ressources en vue d’une opĂ©ration[14]. Et puis, TĂ©hĂ©ran a-t-il vraiment les moyens de rĂ©organiser le Hezbollah aprĂšs l’accord de trĂȘve du 27 novembre avec l’État hĂ©breu ?[15] NĂ©anmoins le risque demeure que les Iraniens, constatant qu’ils sont trop affaiblis et n’ont plus rien Ă  perdre, n’accĂ©lĂšrent justement Ă  l’inverse l’enrichissement d’uranium pour accĂ©der Ă  l’arme nuclĂ©aire[16].

Mais sans doute doit-on s’attendre en revanche du cĂŽtĂ© de la RĂ©publique islamique Ă  des activitĂ©s multipliĂ©es de terrorisme. Comme avec l’assassinat en novembre 2024 du rabbin Zvi Kogan (binational israĂ©lo-moldave), Ă©missaire du mouvement Habad Loubavitch consacrĂ© Ă  la diffusion du judaĂŻsme, en poste aux Émirats arabes unis, ancien combattant de la brigade israĂ©lienne Givati, vu pour la derniĂšre fois Ă  DubaĂŻ oĂč il gĂ©rait l’épicerie casher « Rimon » ; selon le Mossad (enquĂȘte « intensive »), trois Ouzbeks l’auraient enlevĂ© Ă  sa sortie du magazin, et sa voiture comme son cadavre ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s Ă  Al-Ain Ă  150 kms d’Abu Dhabi et proche de la frontiĂšre avec le sultanat d’Oman : comme en tĂ©moignent des traces de corps Ă  corps, le rabbin agressĂ© et qui devait ĂȘtre transfĂ©rĂ© Ă  « l’étranger » aurait tentĂ© d’opposer une rĂ©sistance. Les trois meurtriers ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s par les Émirats que Benyamin Netanyahou va remercier « pour leur coopĂ©ration », les relations bilatĂ©rales restant toujours aussi solides, et « en particulier contre l’Axe du Mal » dirigĂ© par TĂ©hĂ©ran. Cette « cellule ouzbek » – des chiites – Ă©tait selon les IsraĂ©liens recrutĂ©e et pilotĂ©e par les Iraniens (reprĂ©sailles). IntĂ©ressant le choix territorial : DubaĂŻ comme Abu Dhabi sont des ports de mer alimentant un flux continu de personnes et de liens intercontinentaux, donc aussi d’activitĂ©s illicites ; en outre, la proximitĂ© aux escales d’Oman avec un va-et-vient ininterrompu de dhows (petits bateaux) facilite la fuite. Au contraire, la surveillance constante Ă  laquelle sont soumis les « hĂŽtes » a fait en sorte que la police Ă©miratie ait pu identifier en un temps record les trois assassins. On a pu cependant relever l’embarras des Émiratis qui ont normalisĂ© leurs relations avec IsraĂ«l en 2020 ; tout en se dĂ©clarant dĂ©terminĂ©s « à rĂ©pondre avec fermetĂ© Ă  toute tentative d’atteinte Ă  la sĂ©curitĂ© et Ă  la stabilitĂ© du pays », ils ont Ă©vitĂ© de mentionner la binationalitĂ© de la victime qualifiĂ©e de « moldave », comme s’ils prĂ©fĂ©raient que les rĂšglements de comptes n’aient pas lieu sur leur territoire[17].

De mĂȘme pour l’importante campagne de hameçonnage menĂ©e par des agents iraniens contre des citoyens israĂ©liens (surtout les personnalitĂ©s) dĂ©masquĂ©e par par le Shin Bet (Service de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure et de contre-espionnage israĂ©lien)[18].

Plus gĂ©nĂ©ralement, c’est avant tout sur le plan international que ce terrorisme frappera, comme le dĂ©montrent des signalements en Europe du Nord, au Sri Lanka, en ThaĂŻlande. Des alertes prises trĂšs au sĂ©rieux par JĂ©rusalem oĂč l’on se souvient naturellement de l’attentat de l’Amia (Association mutuelle israĂ©lite argentine), attaque Ă  la voiture piĂ©gĂ©e perpĂ©trĂ©e le 18 juillet 1994 Ă  Buenos Aires : 85  morts et 230 blessĂ©s, l’Iran et le Hezbollah Ă©tant accusĂ©s formellement d’en ĂȘtre le commanditaire et l’auteur. Comment peut-on ĂȘtre persan ?

3 Syrak ?

À Doha, le 7 dĂ©cembre, TĂ©hĂ©ran et Moscou s’étaient mis d’accord avec Ankara sur une sortie de scĂšne d’Assad[19]. Ce qui explique l’extrĂȘme rapiditĂ© (12 jours) avec laquelle les « rebelles » se sont emparĂ©s d’une bonne partie du pays et de ses grandes villes. MĂȘme si Hayat Tahrir al-Cham (HTC) est arrivĂ© douze heures aprĂšs les premiers groupes armĂ©s lesquels ont mis Ă  sac le palais prĂ©sidentiel et perpĂ©trĂ© des vols dans les casernes ainsi que les douanes.

Grand vainqueur de l’affaire, le « Sultan »  Erdoğan lequel Ă©tait apparemment informĂ© de tout bien avant l’offensive qui n’a pu ĂȘtre menĂ©e sans son aval, mais n’avait pas prĂ©vu des dĂ©veloppements aussi rapides[20]. AprĂšs une premiĂšre pulsion nĂ©oottomane lors des printemps arabes, quand ce leader FrĂšre musulman avait essayĂ© de dominer l’Égypte, la Libye et la Tunisie (la stratĂ©gie Ă©chouant partout sauf en Tripolitaine), et une deuxiĂšme en AzerbaĂŻdjan lors de la guerre d’agression contre les ArmĂ©niens en 2020 (curieusement assez peu mĂ©diatisĂ©e en Occident), il trouve une nouvelle opportunitĂ© de relancer sa vision[21]. Les Turcs ont deux objectifs principaux : le rapatriement des quatre millions (chiffres alĂ©atoires, certains observateurs parlant de 3,2 voire 3,6 millions) de rĂ©fugiĂ©s syriens en Turquie, Ă  l’intĂ©rieur d’une zone de sĂ©curitĂ© longue de 480 kms et d’une profondeur de 30 kms sĂ©parant les Kurdes de Syrie de ceux de Turquie ( de mĂȘme que nombre de pays europĂ©ens convergent globalement sur le refus des demandes automatiques d’asile) ; d’autre part la marginalisation des Kurdes. Dans le premier cas, aprĂšs s’ĂȘtre opposĂ©s fermement et pendant treize ans au pouvoir de Bachar et soutenant toute une sĂ©rie de groupes rebelles, ils savent devoir nĂ©gocier avec le chef des rebelles al-Joulani qui de son cĂŽtĂ© doit arrondir les angles pour assurer la stabilitĂ© de son rĂ©gime. Dans le second, Ankara qui ne fait pas mystĂšre de sa dĂ©termination Ă  Ă©liminer l’entitĂ© kurde (milices YPG, UnitĂ©s de protection du peuple, considĂ©rĂ©es par le pouvoir turc comme une branche armĂ©e du PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan) et qui pratique depuis 2018 la destruction du projet kurde et l’épuration ethnique Ă  l’endroit de cette population a commencĂ© Ă  bombarder de nouveau KobanĂ©, symbole de la rĂ©sistance kurde face Ă  l’État islamique (EI), ville fameuse pour la bataille historique victorieuse (soutien de la coalition internationale) contre l’EI en 2014-2015[22]. L’anticipation par Donald Trump d’une volontĂ© de « se tenir à  l’écart » d’un conflit n’étant pas celui des États-Unis laisse imaginer un retrait des 900 militaires amĂ©ricains de Syrie, ce qui ouvrirait Ă  Ankara une voie royale d’élimination des YPG, d’élargissement de sa « zone de sĂ©curité » en territoire syrien, d’un retour des rĂ©fugiĂ©s syriens y compris au Nord-Est du pays[23] et permettrait Ă  Erdoğan d’empĂȘcher la naissance d’un État kurde Ă  sa frontiĂšre. Mais la conquĂȘte rapide d’une grande partie de la Syrie par les rebelles comporte aussi des risques pour les Turcs : mĂȘme s’ils ont une influence notable sur HTC, ils ne le contrĂŽlent pas directement et celui-ci nĂ©gocie dĂ©sormais avec de nombreux pays ; et puis Joulani et ses affidĂ©s seront-ils capables de gouverner le pays sur le long terme ? ; un HTC renforcĂ© ne serait-il pas au demeurant en mesure de perpĂ©trer des attentats en territoire turc ? C’est dire si la confiance est grande. Alors que mĂȘme les milices proturques se comportent dans certaines zones comme des bandes criminelles et y terrorisent la population, comme cela a Ă©tĂ© le cas avec l’opĂ©ration « aurore de la liberté » Ă  l’est d’Idlib et dans le Nord-Est syrien Ă  l’intĂ©rieur du territoire autonome kurde. De toute façon, Erdoğan fait Ă©galement son miel d’un rĂŽle nouveau d’intermĂ©diaire, par exemple avec Ursula von der Leyen qui apporte des fonds, sur la Syrie[24].

Second gagnant : IsraĂ«l. Sans doute l’État hĂ©breu qui avait suggĂ©rĂ© fin des annĂ©es 1990–dĂ©but des annĂ©es 2000 un remplacement de l’Égypte par la Syrie au centre du monde arabe eĂ»t-il prĂ©fĂ©rĂ© un affaiblissement gĂ©nĂ©ral de ce dernier pays trĂšs divisĂ© sans que le rĂ©gime baasiste de Bachar el-Assad s’effondre complĂštement mais reste en compĂ©tition armĂ©e avec des rebelles (eux-mĂȘmes divisĂ©s) assez solides pour faire contrepoids. D’oĂč la proposition secrĂšte, et refusĂ©e, de Ron Dermer, ministre des Affaires stratĂ©giques depuis 2022, d’un trĂšs fort soutien Ă  la reconstruction du territoire syrien avec les Émirats arabes unis, au cas oĂč Damas accepterait de se dĂ©tourner de l’Iran. Pourtant, JĂ©rusalem a de quoi se satisfaire puisqu’un maillon essentiel de l’Axe du Mal (axe de la rĂ©sistance d’aprĂšs ses instigateurs) a explosĂ©, ce qui constitue un nouveau coup dur pour l’Iran avec lequel IsraĂ«l est dĂ©sormais en guerre ouverte et pour le Hezbollah privĂ© de son « cordon ombilical »[25]. HypothĂšse d’un accord secret de l’État hĂ©breu avec la Turquie, voire les monarchies du Golfe (le Qatar financier de HTC) en dĂ©faveur de l’Iran ? Mais en dehors de la nouvelle faillite du Mossad et du renseignement israĂ©lien en gĂ©nĂ©ral oĂč l’on estimait jusque-lĂ  l’armĂ©e syrienne trĂšs robuste, il est difficile de croire que l’État hĂ©breu ait souhaitĂ© une victoire aussi Ă©crasante des rebelles sur le rĂ©gime[26]. Tsahal, inquiet, redoutait une avancĂ©e de ceux-ci vers sa frontiĂšre du Golan et que les armements de l’armĂ©e syrienne ne finissent entre leurs mains ou bien celles du Hezbollah[27]. En sens inverse, on ne sait pas exactement jusqu’oĂč les IsraĂ©liens ont pĂ©nĂ©trĂ© dans le territoire syrien. La premiĂšre rupture de l’accord de « dĂ©sengagement » entre la Syrie et IsraĂ«l remontant Ă  1974 (aprĂšs la guerre du Kippour) a Ă©tĂ© l’entrĂ©e des troupes israĂ©liennes (changement profond de mentalitĂ© et de doctrine) dans la « zone tampon » cĂŽtĂ© syrien le 8 dĂ©cembre Ă  la suite de la chute d’Assad : 235 km2 Ă  la Force des Nations unies chargĂ©e d’observer le dĂ©sengagement (UNODC), Ă  environ 25 km2 de la Ligne Violette (ligne d’armistice de 1967). Ce qui inclut le secteur syrien du mont Hermon et les sources d’eau, Netanyahou ayant dĂ©clarĂ© lors d’une visite sur le Golan que l’accord de 1974 s’était « écroulé »[28]. Les autoritĂ©s israĂ©liennes niant toute incursion au-delĂ  et insistant sur le caractĂšre limitĂ© (mais susceptible d’un Ă©largissement tactique) et temporaire (au moins un an en fonction des Ă©volutions de la situation en Syrie) de leur action. Critiques naturellement des Nations unies, et aussi du Caire, de Riyad, d’Amman et de Doha[29]. Mais selon des sources sĂ©curitaires syriennes reprises par Reuters, les forces israĂ©liennes se trouvaient le 10 dĂ©cembre Ă  une vingtaine de kms de Damas. Un mĂ©dia Ă©videmment liĂ© au Hezbollah prĂ©tend lui aussi que les chars israĂ©liens se trouveraient peu avant Qatana (sous-prĂ©fecture du comtĂ© de Damas). Et puis : le ministre de la DĂ©fense Israel Katz n’a-t-il pas proclamĂ© la nĂ©cessitĂ© d’établir une « zone sĂ»re » au Sud de la Syrie, soit privĂ©e d’armes stratĂ©giques lourdes ou d’une « infrastructure terroriste ». Il a aussi revendiquĂ© une opĂ©ration de la marine israĂ©lienne dont les navires ont dĂ©truit au moins six bateaux de guerre syriens amarrĂ©s dans le port de LattaquiĂ© et munis d’engins tĂ©lĂ©guidĂ©s[30]. Il s’agirait plus globalement d’anĂ©antir prĂ©ventivement les moyens militaires du rĂ©gime dĂ©chu. Dans la nuit du 9-10 dĂ©cembre, l’aviation israĂ©lienne aurait menĂ© quelque 300 raids (chiffres par la suite rehaussĂ©s) « pour dĂ©truire des stocks d’armes, bombarder les aĂ©roports militaires, neutraliser la flotte de MIG-29 ainsi que de SukhoĂŻ et d’hĂ©licoptĂšres de combat », de mĂȘme qu’un centre de recherche « probablement utilisĂ© pour fabriquer des armes chimiques et des missiles »[31]. Comme s’en explique le ministre des Affaires Ă©trangĂšres israĂ©lien Gideon Saar, il ne s’agit nullement d’intervenir dans les affaires intĂ©rieures syriennes, mais d’empĂȘcher que des systĂšmes stratĂ©giques comme les armes chimiques ou les missiles et autres engins de longue portĂ©e tombent entre les mains d’extrĂ©mistes[32]. Une neutralisation Ă©norme (Ă  hauteur de 90% des missiles sol-air, deux escadrons de SU-22 et de SU-24 sur la base T-4 prĂšs de Damas, l’aĂ©roport de Blay avec trois escadrons d’avions de chasse, des sites de production et de stockage stratĂ©giques notamment dans la rĂ©gion de Homs oĂč se trouvait l’infrastructure du projet syrien de missiles Scud) qui reprĂ©sente « une rĂ©alisation significative pour la supĂ©rioritĂ© aĂ©rienne de l’armĂ©e de l’air dans la rĂ©gion[33]. Le Hezbollah redouterait en sens inverse une « normalisation » des rapports entre IsraĂ«l et les rebelles !

Le premier grand perdant, c’est l’Iran des ayatollahs qui risque tout simplement son existence. Les ayatollahs n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  abandonner Bachar ; ils n’avaient plus les moyens de continuer Ă  investir dans pareil rĂ©gime craquant de toutes parts et peu fiable. Les observateurs se demandaient avec impatience comment le guide suprĂȘme s’arrangerait Ă  ne pas perdre la face devant la chute d’Assad qu’il a plusieurs fois qualifiĂ© de hĂ©ros de l’islam, TĂ©hĂ©ran investissant des dizaines de milliards de dollars pour le maintenir au pouvoir (politique qui avait suscitĂ© depuis longtemps une forte critique interne). Explication trĂšs embrouillĂ©e : la chute d’Assad ne serait nullement un signe de faiblesse de la RĂ©publique islamique ; les formations de volontaires (et les centaines de bases militaires) n’auraient rien pu entreprendre dĂšs lors que l’armĂ©e syrienne (troupes Ă  20 dollars de solde mensuel) rĂ©agissait fort peu Ă  la « conspiration amĂ©ricano-israĂ©lienne »; l’investissement de quelque 50 milliards de dollars aurait Ă©tĂ© dictĂ© d’un cĂŽtĂ© par la protection des lieux saints chiites, de l’autre par la doctrine de « dĂ©fense avancĂ©e » dans des pays Ă©trangers. Et puis les rebelles de HTC, passĂ©s par une « transformation gĂ©nĂ©tique » depuis 2016 et qui se sont engagĂ©s Ă  protĂ©ger les lieux saints, se distingueraient des autres groupes salafistes. Comme premier acte de rĂ©sistance, TĂ©hĂ©ran a garanti au Hezbollah les financements pour une compensation financiĂšre destinĂ©e aux victimes des bombardements israĂ©liens[34]. Attention cependant : il est vrai que les mollahs ont annoncĂ© le retrait de leurs Ă©lĂ©ments de Syrie aprĂšs la chute d’Assad[35], mais les IsraĂ©liens se mĂ©fient apparemment des renversements de renversements d’alliance, car la RĂ©publique islamique qui aurait pris contact avec le nouveau pouvoir en Syrie peut profiter d’un chaos Ă©ventuel pour mobiliser les victimes d’une dĂ©licate reconstruction ; il semble d’autre part que Joulani Ă©volue sur les rapports avec l’Iran.

PS Quadrature du cercle (autour de l’axe) : l’armĂ©e israĂ©lienne annonce le jeudi 19 dĂ©cembre au matin avoir frappĂ© (reprĂ©sailles) dans la nuit prĂ©cĂ©dente non seulement les trois ports mais aussi des infrastructures Ă©nergĂ©tiques de Sanaa, la capitale du YĂ©men sous domination des Houthis (zaydites qui se dĂ©finissent au sein du chiisme) soutenus (armements et logistique) mais difficilement gĂ©rables par l’Iran. Leçon retenue ?

Le deuxiĂšme perdant, c’est la Russie de Vladimir Poutine. Bachar el-Assad, pour ce dernier, symbolisait le fait que, contrairement Ă  l’Occident, il protĂ©geait vraiment ses protĂ©gĂ©s et ne tolĂ©rerait pas une réédition de la fin tragique de Kadhafi. Quand Moscou intervint fin septembre 2015 aux cĂŽtĂ©s du dictateur criminel dans la guerre civile syrienne, le patriarche de l’Église orthodoxe russe Cyrille allait parler d’une « lutte sacrĂ©e » contre le terrorisme. Poutine se prĂ©sentait face aux Occidentaux comme le garant de « l’intĂ©gritĂ© territoriale » de la Syrie contre les terroristes : raids aĂ©riens, forces spĂ©ciales et groupe Wagner. Encore le 7 dĂ©cembre, on expliquait que les forces aĂ©riennes russes et syriennes avaient lancĂ© des raids dans les provinces d’Idlib, d’Alep et de Hama et anĂ©anti « plus de 300 terroristes, 55 unitĂ©s et un entrepĂŽt d’armements »[36]. Comme si le prĂ©sident russe avait voulu Ă©tablir en Syrie des faits de terrain incontestables (et sans doute ces succĂšs ont-ils jouĂ© un rĂŽle dans la dĂ©cision d’une offensive de grande ampleur en Ukraine en fĂ©vrier 2022.

Or, la fin d’Assad est cĂŽtĂ© russe un signe de faiblesse ; Moscou a surĂ©valuĂ© ses forces et en a surchargĂ© les capacitĂ©s. Impossible de mener deux guerres Ă  la fois. Surtout dans la mesure oĂč le théùtre ukrainien revĂȘt pour les Russes une importance sans comparaison (d’oĂč probablement les accusations (extraordinairement complexes) en direction de l’Ukraine ; cette derniĂšre aurait armĂ© les « terroristes » avec des drones et des modules de GPS[37]. De toute façon : si le rĂ©gime syrien s’est effondrĂ©, malgrĂ© l’aide des Russes, c’est entiĂšrement de sa faute puisqu’il a lui-mĂȘme « malheureusement » entraĂźnĂ© le pays dans la situation actuelle. D’ailleurs, les « terroristes » d’hier sont devenus l’espace d’un instant pour les autoritĂ©s russes des « reprĂ©sentants de l’opposition », des interlocuteurs respectables. RĂ©sumĂ© plein d’humour (noir)  de Poutine : nous Ă©tions venus en Syrie pour empĂȘcher la formation d’une « enclave terroriste », le problĂšme ne se pose plus dĂšs lors que les rebelles « ont changĂ© de peau »[38].

Maintenant Moscou reconnaĂźt le pire : les Russes abandonnent Assad (accueilli trĂšs discrĂštement) et doivent rechercher un moyen de prĂ©server l’essentiel, soit le « hub stratĂ©gique » de projection en MĂ©diterranĂ©e et vers l’Afrique afin de pouvoir menacer l’Otan sur son flanc sud-est Ă  partir de la Syrie et continuer Ă  jouer un rĂŽle de leader mis en scĂšne du « Sud global », donc absolument deux bases (sur des dizaines d’emprises militaires) : Tartous, unique base permanente russe en MĂ©diterranĂ©e qui remonte Ă  l’Urss, les navires russes ravitaillĂ©s et rĂ©parĂ©s pouvant rester en MĂ©diterranĂ©e « sans avoir Ă  passer par les dĂ©troits turcs pour rejoindre les bases du Kremlin en mer Noire » et la base aĂ©rienne de Hmeimim (60 kilomĂštres plus au nord) construite secrĂštement en 2015, dans la province de LattaquiĂ© avec une bonne partie des 7 500 militaires et mercenaires russes. Mais dĂ©jĂ  avant le dĂ©part d’Assad, on avait pu relever une baisse du nombre d’avions et d’hĂ©licoptĂšres de combat de 80 Ă  15-20[39]. Et malgrĂ© des assurances des rebelles syriens, cinq bĂątiments de surface, dont la nouvelle frĂ©gate Amiral Gorchkov Ă©quipĂ©e de missiles hypersoniques et le sous-marin Ă  propulsion classique B-261 Novorossiisk sont partis au large[40]. Pour revenir ? Il semble que non bien que le dĂ©part ne doive pas apparaĂźtre comme une fuite, ce qui accentuerait encore la dĂ©faite. Ou bien passer en Libye (CyrĂ©naĂŻque) chez le gĂ©nĂ©ral Haftar auquel les Russes ont dĂ©jĂ  louĂ© des terrains pour la base aĂ©rienne et explorer les possibilitĂ©s d’une base navale, mais lĂ -bas les accords sont difficiles et la distance lointaine si bien que les avions de transport russes devraient partir vides : l’arrivĂ©e d’Ilyushin-76 Ă  Al Khadima (Ă  l’est de Benghazi) Ă  la mi-dĂ©cembre devrait cependant inquiĂ©ter l’Otan). Il y a Ă©galement l’AlgĂ©rie qui entretient d’excellents rapports avec Moscou et au large de laquelle se situe une « forĂȘt maritime » oĂč chacun peut se dissimuler. Ou encore l’Égypte (cĂŽte mĂ©diterranĂ©enne ou sur la mer Rouge avec la base de BĂ©rĂ©nice), mais le prĂ©sident al-Sissi craint de provoquer une rĂ©action nĂ©gative des AmĂ©ricains[41]. Autre Ă©ventualitĂ©, celle de Port-Soudan, projet en pourparlers depuis l’étĂ© pour une base navale en mer Rouge, mais il s’agit d’un pays en pleine guerre civile[42]. Les États africains ont-ils d’ailleurs les moyens de payer des mercenaires ? Dans tous les cas de figure, on se souvient avec amusement que les Russes avaient moquĂ© le retrait d’Afghanistan sous la direction de Joe Biden.

Il va donc falloir nĂ©gocier avec des partenaires. D’abord les ex-rebelles, mais qu’en serait-il si ceux-ci rĂ©clamaient non seulement des finances, des matiĂšres premiĂšres, des mercenaires, mais aussi que Moscou leur livre Assad. Et surtout avec l’imperator Erdoğan qui compte beaucoup en Syrie et ne sera pas un protagoniste facile d’autant qu’un dĂ©part des Russes lui permettrait de gagner en influence dans le secteur maritime entre la RĂ©publique turque de Chypre du Nord (occupĂ©e par Ankara depuis 1974) et la Syrie.

Qui est au juste Abou Mohammed Al-Joulani (issu du Golan par son grand-pĂšre), l’ex-djihadiste qui se fait dĂ©sormais appeler Ahmed al-Chareh, son nom d’état civil. Le nouvel homme a « le CV parfait » du djihadiste sunnite violent : il rejoint les rangs de la branche irakienne d’al-Qaida en 2003 ; il passe cinq ans dans les prisons amĂ©ricaines oĂč il croise Abou Bakr al-Baghdadi, futur chef de l’État islamique. Il fonde en 2011 (dĂ©but de la rĂ©volte contre Bachar el-Assad) le front al-Nosra (mĂ©thodes ultraviolentes et propension aux attentats-suicides). Il refusera de faire alliance avec le « calife » autoproclamĂ© et lui prĂ©fĂšre l’émir d’al-Qaida, Ayman al-Zawahiri. En 2015, il dĂ©clare passer du djihadisme international Ă  une focalisation sur le front syrien, soit Ă  un nationalisme extrĂ©miste. Bien que son organisation se situe au-delĂ  des États puisque son groupe s’intitule « Organisation de libĂ©ration du Levant ». Nombreux sont les observateurs qui soulignent le pragmatisme d’Al-Joulani lequel multiplie les efforts de communication dans le sens d’un apaisement pour rassurer les minoritĂ©s, en particulier les chrĂ©tiens. En quelque sorte un « talibon ». Mais les meilleurs spĂ©cialistes de la rĂ©gion comme Fabrice Balanche, Aron Lund ou Hans-Jakob Schindler (ce dernier rappelant que HTC avait glorifiĂ© le 7 octobre, donc il y a seulement un peu plus d’un an) n’accordent pas de crĂ©dit Ă  cette thĂšse, malgrĂ© l’euphorie qui rĂšgne en Syrie et outre la foule en liesse aprĂšs l’offensive rebelle ; ce dernier souhaite que le groupe et son chef demeurent sur la liste des « organisations terroristes » des États-Unis et des Nations unies[43]. Joulani essaie de s’établir comme une sorte de Nasrallah sunnite se voulant Ă  la fois dirigeant religieux, autoritĂ© paternelle pour sa clientĂšle et partenaire des puissances Ă©trangĂšres[44]. D’ailleurs, certains de ses membres « ne cachent pas leur volontĂ© de mettre en place un rĂ©gime fondamentaliste »[45]. Fabrice Balanche se demandait Ă  juste titre qui va hĂ©riter du pouvoir, Joulani et le HTC ou bien un Conseil national de transition ? Le chef au-dessus des lois n’a-t-il pas nommĂ© immĂ©diatement un de ses fidĂšles au poste de Premier ministre du gouvernement provisoire, Mohammed al-Bachir, diplĂŽmĂ© en ingĂ©nierie mais aussi en science de la charia, ex-dirigeant du « Gouvernement de salut » autoproclamĂ© (pas spĂ©cialement dĂ©mocratique comme le montre Aaron Y. Zelin) de la province d’Idlib, pour assurer la transition ?[46] Le personnage s’explique pĂ©niblement devant la presse sur la Constitution islamique ou pas de l’État Ă  venir ; il reviendra au processus « constitutionnel » de « rĂ©gler ces dĂ©tails » ; et c’est prĂ©cisĂ©ment parce les rebelles sont musulmans que les droits de toutes les ethnies et confessions seront respectĂ©s ; les rĂ©fugiĂ©s syriens Ă  l’étranger sont appelĂ©s Ă  rentrer au pays[47]. En rĂ©alitĂ©, tout se passe comme si Joulani avait Ă©tendu Ă  toute la Syrie son gouvernement d’Idlib[48]. Tous les ministres de ce gouvernement provisoire en sont issus. On comprend que les alaouites (secte chiite Ă©sotĂ©rique ), base confessionnelle du clan Assad, 10% de la population (chiffres de 2012), craignent d’ĂȘtre aprĂšs cinquante ans de collusion avec le rĂ©gime de subir une accusation de culpabilitĂ© collective de ses exactions[49]. Mais cela vaut aussi bien pour les chrĂ©tiens (plus que 4,6% en 2012) ; le pĂšre Firas Lutfi, supĂ©rieur des franciscains de Damas et curĂ© du couvent Saint Paul dĂ©clare qu’ils espĂšrent ne pas finir comme la Libye, ou pire comme l’Afghanistan[50]. Enfin, les miracles sont toujours possibles.

 

L’inquiĂ©tude des habitants et des États favorables Ă  un changement de rĂ©gime renvoie Ă  un scĂ©nario de morcellement analogue Ă  celui de l’Irak post-Saddam Hussein dans un pays « dĂ©jĂ  fracturĂ© par treize annĂ©es de guerre oĂč de nombreux acteurs rĂ©gionaux interfĂšrent »[51]. Les services secrets craignent que l’ex-califat de l’EI n’enfourche les problĂšmes et ne remplisse les vides laissĂ©s pour compte par les loyalistes comme en tĂ©moigne l’activitĂ© de ses militants qui ont revendiquĂ© cette annĂ©e 260 attaques (soit le double de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente) et ont gagnĂ© en intensitĂ© dans la Badiya (dĂ©sert de Syrie) et le « triangle des Bermudes » confinant avec la zone kurde, d’oĂč l’opĂ©ration aĂ©rienne menĂ©e le 9 dĂ©cembre par le Pentagone comme en gĂ©nĂ©ral les frappes incessantes et les incursions des AmĂ©ricains en appui aux Kurdes : recrutement de kamikazes dans les camps de rĂ©fugiĂ©s, de volontaires ; vol de matĂ©riel militaire ; installation d’engins explosifs sur les routes ; rĂ©seau de financement par l’extorsion et le trafic ; exploitation des diffĂ©rends entre les composantes de l’insurrection ; appel aux sympathisants en Europe. « Le chaos constituera inĂ©vitablement une aubaine pour l’EI » lequel reconstruit lentement mais sĂ»rement ses rĂ©seaux dans tout le pays » (Colin Clarke) ; l’EI n’a certes plus la puissance dont il disposait de 2014 Ă  2029 avec le « califat », mais il se prĂ©sente comme la seule alternative au rĂ©gime d’Assad[52]. « L’armĂ©e nationale syrienne » (ANS) payĂ©e par les Turcs et remontant Ă  2017, trĂšs indisciplinĂ©e, issue d’une fusion entre « l’armĂ©e syrienne libre » (plusieurs factions rebelles) et des groupes islamistes, soit une myriade d’effectifs plus ou moins lĂąches, Ă  la manƓuvre (jusqu’à quand en raison des relations dĂ©gradĂ©es depuis 2018 et la prise de contrĂŽle de la rĂ©gion d’Idleb ?) aux cĂŽtĂ©s de HTC concourt Ă  l’établissement par Ankara d’une bande frontaliĂšre d’Idleb Ă  l’Irak et doit servir au nettoyage ethnique (Fabrice Balanche) du territoire conquis oĂč seront rapatriĂ©s les quelque quatre millions de rĂ©fugiĂ©s syriens prĂ©sents en Turquie ; elle a tout de suite lancĂ© une offensive sur Manbij sur la rive droite de l’Euphrate au nord de la Syrie (un des six districts du directorat d’Alep) avec l’intention d’éliminer les Kurdes (8,3% en 2012) lesquels font partie avec des groupes arabes des Forces dĂ©mocratiques syriennes (FDS), coalition alliĂ©e des AmĂ©ricains qui ont des bases et des soldats Ă  l’intĂ©rieur de la partie de la Syrie contrĂŽlĂ©e par les Kurdes dans l’affrontement avec l’EI[53].

Les FDS « (avaient) Ă©tendu leur emprise » aprĂšs la dĂ©bandade de l’armĂ©e d’Assad Ă  Abu Kamal et Deir ez-Zor Ă  la frontiĂšre avec l’Irak (naguĂšre autoroute des approvisionnements iraniens pour le Hezbollah et le rĂ©gime d’Assad, et sorte de narco-zone avec la production et le trafic de captagon sous les ordres de Maher et des cousins de Bachar)[54]. Mais elles ont dĂ©sormais dĂ» lĂącher les villes de Manbij (le 9 dĂ©cembre) aprĂšs Tall Rifaat (la veille) aux bandes proturques de l’ « ANS »[55] ; puis de Deir ez-Zor le 10 dĂ©cembre – dĂ©fection des alliĂ©s arabes liĂ©s au nouveau rĂ©gime[56]. Et puis, le HTC vient du Nord alors que les premiers rebelles arrivĂ©s Ă  Damas sont du Sud et se sentent supplantĂ©s[57]. En outre : d’une part, l’abandon au moins public de l’islamisme ne plaĂźt pas Ă  toutes les forces Ă  l’intĂ©rieur de HTC ; d’autre part, une bonne partie de la population d’Idlib mĂȘme n’est pas du tout prĂȘte Ă  troquer la dictature d’Assad contre une autocratie de HTC. On n’oubliera pas qui plus est le dĂ©sir de vengeance des proches de foules massacrĂ©es et les oppositions tribales ou claniques[58]. Ensuite il y a le problĂšme des armes chimiques : ce serait Ă©videmment un dĂ©sastre si une des factions rĂ©ussissait Ă  s’en emparer, prĂ©occupation majeure des AmĂ©ricains et des IsraĂ©liens ; c’est pourquoi JĂ©rusalem aurait dĂ©clenchĂ© une frappe sur un des dĂ©pĂŽts concernĂ©s le dimanche 8 dĂ©cembre[59]. Enfin le Hamas[60], malgrĂ© ses liens avec TĂ©hĂ©ran, n’a jamais cachĂ© sa solidaritĂ© avec les opposants Ă  Assad et fĂ©licitĂ© les rebelles aprĂšs leur victoire ![61].

Le pape Bergoglio nous Ă©tonnera toujours. Ne nous avait-il pas sidĂ©rĂ©s d’admiration en adoptant une position « diplomatique » entre Russie et Ukraine, la seule qui soit susceptible d’encourager les adversaires Ă  Ă©viter une troisiĂšme guerre mondiale ? VoilĂ  qu’il dĂ©clare explicitement qu’il convient d’enquĂȘter sur un possible gĂ©nocide israĂ©lien Ă  Gaza dans un livre publiĂ© en vue du JubilĂ© 2025 : La speranza non delude mai. Pellegrini verso un mondo migliore Ă©crit en collaboration avec le journaliste argentin HernĂĄn Reyes. Ce qui en dit long sur les tensions avec le gouvernement Netanyahou (et sans doute IsraĂ«l) bien que le Souverain Pontife se soit inquiĂ©tĂ© du sort des otages du 7 octobre et qu’il ait reçu les familles. D’ailleurs le secrĂ©taire d’État Pietro Parolin avait parlĂ© lui-mĂȘme de « carnage » et de rĂ©action « disproportionnĂ©e » Ă  l’intĂ©rieur de la bande. Le thĂ©ologien et archevĂȘque de Chieti-Vasto Bruno Forte aura beau corriger dans le sens d’une volontĂ© de dĂ©noncer des faits « atroces » et rappeler « le grand amour » de Bergoglio pour les juifs. RĂ©ponse logique de JĂ©rusalem et des rabbins italiens, lesquels savent bien que le pape quant il s’agit d’appeler Ă  la paix mentionne toujours la Palestine (laquelle ?) avant IsraĂ«l, Ă  cette dĂ©claration soulignant une inversion des faits : l’État hĂ©breu n’a fait que se dĂ©fendre.aprĂšs le pogrom du 7 octobre ; Bergoglio transforme les agressĂ©s en agresseurs. Et le Grand-rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, d’évoquer les risques entraĂźnĂ©s par la dĂ©claration du pape et le refroidissement des rapports entre les Juifs et le monde catholique (rĂ©gression)[62]. Au fait : le Souverain Pontife s’est-il jamais intĂ©ressĂ© Ă  la famille Assad ?

 

[1] Paris, Éditions du Seuil, 1980, p. 236. Voir du mĂȘme auteur Ă  qui personne dĂ©cidĂ©ment n’échappe en Occident « Freud et le monde extra-europĂ©en » (Freud and the Non-European), Paris, Le Serpent Ă  Plumes, 2004.

[2] Cf.  Bernard Lewis, « The Question of Orientalism », The New York Review of  Books, 24 juin 1982. Pour un vrai livre d’histoire sur le sujet, cf. Georges Minois, Comment peut-on ĂȘtre persan? L’islam en question, de la Renaissance Ă  l’ñge classique, Champ Vallon, CeyzĂ©rieu, 2024.

[3] L’Orientalisme, op. cit., p. 349 : rien non plus sur les États-Unis, affirme l’auteur, alors que dans ce pays des dizaines d’organisations Ă©tudient l’Orient arabe et islamique. On ne rĂ©siste pas ici au plaisir de citer un ouvrage majeur comme Re-Envisioning Egypt 1919-1952, certes Ă©ditĂ© par Arthur Goldschmidt, Amy J. Johnson, Barak A. Salmoni chez The American University in Cairo Press, Le Caire/New York, 2005, mais rĂ©solument « multiethnique », incluant par exemple en bonne place sur l’histoire de l’armĂ©e Ă©gyptienne Tewfik Aclimandos, membre du comitĂ© de rĂ©daction d’Outre-Terre Revue europĂ©enne de gĂ©opolitique (Paris-Rome).

[4] Un livre de sa main sur l’AlgĂ©rie eĂ»t Ă©tĂ© particuliĂšrement bienvenu.

[5] L’Orientalisme, op. cit. p. 336-339, en particulier sa prĂ©sentation de ChaĂŻm Weizmann : les dĂ©bats Ă  l’intĂ©rieur du sionisme ne l’intĂ©ressent nullement.

[6] « L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident. Ouvrage de Edward W. SaĂŻd », IrĂ©nĂ©es.net, Fiche de document, p. 6.

[7] Cf. A. Ni., « Hezbollah parla di  “vittoria divina” e promette l’elezione del presidente », Corriere della Sera, 30 novembre 2024 qu’il faut abolument suivre.

[8] Cf. Andrea Nicastro, « Israele spara contro Hezbollah A Beirut la cerimonia per Nasrallah », Corriere della Sera, 1er décembre 2024.

[9] Cf. « L’inquiĂ©tante faiblesse des chrĂ©tiens d’Orient », Le Figaro, 3 dĂ©cembre 2024 quant au sort des 25 000 chrĂ©tiens d’Alep aprĂšs la prise de la ville par les djihadistes. L’Occident n’avait-t-il pas « naĂŻvement » qualifiĂ© la guerre civile libanaise de conflit entre chrĂ©tiens et « islamo-progressistes » ? L’auteur rappelle que Kissinger envisageait sans ambages l’exfiltration des chrĂ©tiens libanais vers le Canada ! À propos de l’État hĂ©breu dont il ne voit pas clairement que celui-ci forme une avant-garde de l’Occident au Moyen-Orient, Renaud Girard tient par contre un double discours. D’une part : « Au Moyen-Orient, l’axe chiite (Iran, Irak, Syrie, Hezbollah libanais, houthistes du YĂ©men) a Ă©tĂ© considĂ©rablement affaibli depuis l’automne 2023 par sa prise de position en faveur des Palestiniens de Gaza et par sa guerre perdue contre IsraĂ«l. Tsahal a en effet rĂ©ussi non seulement Ă  dĂ©capiter le Hezbollah, mais aussi Ă  dĂ©truire le systĂšme de dĂ©fense anti-aĂ©rienne iranien ». D’autre part, les minoritĂ©s chrĂ©tiennes d’Orient ont Ă©tĂ© « les victimes collatĂ©rales du conflit entre les Juifs sionistes et les Arabes sunnites ». Et enfin : « Il est assez troublant de constater actuellement une convergence militaire objective entre IsraĂ«l et les milices islamistes sunnites, pouvant dĂ©boucher sur l’éviction des chrĂ©tiens de Syrie », le rĂ©gime baasiste les ayant traditionnellement protĂ©gĂ©s.

[10] « Lehren fĂŒr Khamenei », FAZ, 10 dĂ©cembre 2024. « Wie Irans FĂŒhrer Assads Sturz erklĂ€rt », FAZ, 12 dĂ©cembre 2024 à  propos du discours de Khamenei le 11 dĂ©cembre.

[11] « Irans neues Kopftuch-Gesetz », FAZ, 3 dĂ©cembre 2024  quant Ă  la « Loi sur la protection de la famille par la promotion de la culture du hijab et de la chasteté » : des amendes de 260 Ă  2 200 euros, retrait du passeport, jusqu’à dix ans de prison.

[12] « Washington et ses alliĂ©s occidentaux “trĂšs prĂ©occupĂ©s” par les nouvelles centrifugeuses iraniennes », Le Figaro/AFP, 23 novembre 2024 ; « Iran baut Atomprogramm aus », FAZ, 23 novembre 2024 : l’Iran avait dĂ©jĂ  rĂ©agi de la mĂȘme maniĂšre Ă  des rĂ©solutions similaires en 2022 et juin 2024 en dĂ©veloppant son programme nuclĂ©aire et en limitant les possibilitĂ©s de contrĂŽle de l’AIEA ; « Iran plant mehr Zentrifugen », FAZ, 30 novembre 2024.

[13] « L’Iran annonce la reprise des pourparlers autour de son programme nuclĂ©aire », i24NEWS , 24 novembre 2024 = « Iran passes controversial “chastity” law imposing even harsher dress restrictions. The president doesn’t like it », CNN, 4 dĂ©cembre 2024, https://www.cnn.com [8 dĂ©cembre 2024] ; Alexander Ward, Laurence Norman, « Trump Team Weighs Options, Including Airstrikes, to Stop Iran’s Nuclear Program : Report », The Wall Street Journal, 13 dĂ©cembre 2024 ; « Trump valuta attachi aerei per fermare il nucleare », Corriere della Sera, 14 dĂ©cembre 2024 : ce que les AmĂ©ricains veulent Ă©viter, c’est d’ĂȘtre eux-mĂȘmes impliquĂ©s dans l’action.

[14] Cf. Christian Meier, « Irans Gegner sehen eine Gelegenheit », FAZ, 14 dĂ©cembre 2024 ; i24NEWS, 13 dĂ©cembre 2024, « Les États-Unis et IsraĂ«l pourraient coordonner une frappe contre l’Iran ».

[15] « L’Iran voit dans le cessez-le-feu une opportunitĂ© de reconstruire le Hezbollah », i24NEWS, 1er dĂ©cembre 2024 : TĂ©hĂ©ran cherchant Ă  Ă©valuer les capacitĂ©s de son principal proxy aprĂšs de grosses pertes et Ă  renforcer celui-ci .

[16] L’actuel renseignement amĂ©ricain s’inquiĂšte d’une montĂ©e en puissance nuclĂ©aire de l’Iran en cas de raids israĂ©liens, « Les États-Unis avertissent qu’une attaque israĂ©lienne ou des sanctions supplĂ©mentaires rapprocheraient l’Iran de l’arme nuclĂ©aire », i245NEWS, 6 dĂ©cembre 2024 : TĂ©hĂ©ran prĂ©cipiterait dans ce contexte l’enrichissement de l’uranium et pourrait se doter d’au moins douze armes nuclĂ©aires.

[17] « Mort d’un rabbin aux Émirats : plusieurs suspects arrĂȘtĂ©s », i24NEWS, 24 novembre 2024 ; cf. Davide Frattini, « Emirati, ucciso il rabbino. L’ira di Israele », Corriere della Sera, 25 novembre 2024 ; Guido Olimpio, « La cellula uzbeka e la pista del colpo pilotato dall’Iran », ibid. ; « Les Émirats confirment le meurtre d’un rabbin israĂ©lo-moldave, les trois auteurs arrĂȘtĂ©s », Le Figaro/AFP, 24 novembre 2024.

[18] « le Shin Bet dĂ©joue une vaste campagne de cyberattaques iraniennes contre des IsraĂ©liens » : les services de sĂ©curitĂ© ont identifiĂ© 200 tentatives d’intrusion visant des responsables politiques et sĂ©curitaires israĂ©liens », i24NEWS, 2 dĂ©cembre 2024.

[19] En l’occurrence il y a vraiment mystĂšre sur le territoire syrien : on espĂšre retrouver dans les archives du rĂ©gime quantitĂ© de renseignements inĂ©dits concernant spĂ©cialement les relations avec le Hezbollah, celles complexes avec les pasdarans (gardiens de la rĂ©volution) de la Force Al-Qods, les Iraniens ayant soupçonnĂ© les Syriens aprĂšs toute une sĂ©rie d’attentats ciblĂ©s israĂ©liens de les avoir trahis, cf. Guido Olimpio, « Attentati, omicidi, rapimenti Negli archivi decenni di segreti », Corriere della Sera, 10 dĂ©cembre 2024 ; Georges Malbrunot, « En perdant la Syrie, l’Iran a vu sombrer son “axe de la rĂ©sistance” », Le Figaro, 14 dĂ©cembre 2024 pour le « canal secret » entre Damas (Assad) et IsraĂ«l qui serait allĂ© jusqu’au partage de renseignements avec JĂ©rusalem sur des cibles iraniennes en Syrie et quant au silence des Syriens aprĂšs les reprĂ©sailles massives post-pogrom contre Gaza, de mĂȘme qu’à propos de la rĂ©action « a  minima » d’Assad face Ă  l’élimination de Nasrallah ; de la mĂȘme maniĂšre le dictateur syrien allait restreindre les mouvements des groupes iraniens, « leur refusant l’accĂšs au voisinage du Golan » en Ă©change de pĂ©trodollars des pays arabes du Golfe avec lesquels il s’était mis Ă  « flirter » pour la reconstruction de son pays ; TĂ©hĂ©ran n’avait plus confiance en Assad.

[20] i24NEWS, 9 dĂ©cembre 2024, « La Turquie Ă©tait informĂ©e des plans de renversement d’Assad six mois Ă  l’avance » : les rebelles avaient simplement demandĂ© Ă  Ankara de ne pas intervenir ; alors que les Turcs redoutaient seulement un afflux supplĂ©mentaire de rĂ©fugiĂ©s ; Anne Andlauer, « La Turquie gagnante mais prudente aprĂšs la chute d’Assad », Le Figaro, 9 dĂ©cembre 2024 : Ankara s’est fĂ©licitĂ© de la dĂ©route d’Assad, mais s’attend Ă  une pĂ©riode de transition dĂ©licate.

[21] Cf. Renaud Girard, « Chute de Damas : Erdoğan est le grand gagnant », Le Figaro, 10 dĂ©cembre, 2024 : le prĂ©sident turc avait d’abord recouru Ă  la diplomatie, proposant Ă  Assad, son ex-ami, « un pacte politique et Ă©conomique » Ă  condition que son homologue reprenne chez lui les quatre millions de rĂ©fugiĂ©s syriens rejetĂ©s par la population turque ; Bachar qui n’avait aucune confiance dans ces Syriens « à la loyautĂ© forcĂ©ment douteuse » vis-Ă -vis du rĂ©gime baasiste s’était contentĂ© de temporiser.

[22] Alors que le Pentagone insiste sur le danger reprĂ©sentĂ© par l’EI au cas oĂč les Kurdes s’effondreraient et que certains rĂ©publicains proposent la crĂ©ation d’une zone dĂ©militarisĂ©e susceptible de maintenir la sĂ©curitĂ© aux confins de la Turquie tout en s’opposant Ă  de quelconques attaques contre le Kurdistan, cf. le trĂšs pertinent article de Guido Olimpio, Monica Ricci Sargentini, « La partita del Sultano », Corriere della Sera, 14 dĂ©cembre 2024 ; Washington souhaite par le biais de son secrĂ©taire d’État Antony Blinken nĂ©gocier un cessez-le-feu impliquant le repli des combattants kurdes sur la rive orientale de l’Euphrate, « USA suchen Ankaras Hilfe in Syrien », FAZ, 14 dĂ©cembre 2024 ; Friederike Böge, « Wie die TĂŒrkei ihren Einfluss in Syrien ausbaut », FAZ, 16 dĂ©cembre 2024 : Ankara s’est rapprochĂ© du rĂ©gime de transition Ă  Damas et se dit prĂȘt Ă  contribuer Ă  la formation des soldats syriens comme Ă  coopĂ©rer avec les nouvelles forces armĂ©es ; il a rouvert au bout de douze ans son ambassade ; il rĂ©clame s’opposant aux États-Unis le dĂ©part de tout le commandement des YPG et des combattants du PKK Ă  l’intĂ©rieur de leurs rangs ; le ministre syrien de la DĂ©fense Yaßar GĂŒler serait d’accord pour une dissolution des YPG « à terme plus ou moins rapide » ; par contre les nouvelles autoritĂ©s n’apportent pas de rĂ©ponse claire. Lara Seligman, « US Fears Military Buildup by Turkey Signals Preparation for Incursion into Syria », The Wall Street Journal, 17 dĂ©cembre 2024 ; « Sorge vor tĂŒrkischem Einmarsch in Syrien », FAZ, 18 dĂ©cembre 2024 : on s’inquiĂšte Ă  Washington de concentrations de troupes turques Ă  la frontiĂšre syrienne.

[23] Selon Ankara 115 000 Syriens seraient dĂ©jĂ  « volontairement » rentrĂ©s en 2024 ; des organisations des droits de l’homme rapportent cependant que de nombreux rĂ©fugiĂ©s auraient Ă©tĂ© contraints de signer des « accords volontaires » de dĂ©part.

[24] Cf. Friederike Böge, « Erdoğan geniesst seine neue Rolle als Syrienvermittler », FAZ, 18 dĂ©cembre 2024.

[25] Cf. Guillaume de Dieuleveult, « Israël déploie des renforts sur le plateau du Golan », Le Figaro, 9 décembre 2024.

[26] Cf. Guido Olimpio, « Il doppio gioco turco, le distrazioni di Putin Fin dove si spingeranno gli ex qaedisti di Hts ? », Corriere della Sera, 1er décembre 2024.

[27] i24NEWS, 6 décembre 2024, « Israël craint que les rebelles syriens ne parviennent bientÎt à sa frontiÚre du Golan ».

[28] « Tsahal s’empare de sites stratĂ©giques dans le secteur syrien du mont Hermon pour Ă©tablir une zone tampon », i24NEWS, 8 dĂ©cembre 2024 ; Giusi Fasano, « Netanyahu sul monte Hermon Giallo sul viaggio al Cairo per Gaza “Restiamo per garantire sicurezza” : Haaretz : svolta con l’Arabia Saudita », Corriere della Sera, 18 dĂ©cembre 2024.

[29] Cf. Christian Meier, « Nach Assads Sturz handelt Israel, statt abzuwarten », FAZ, 11 décembre 2024. Netanyahou a parlé, suscitant une trÚs mauvaise humeur de Joulani, de doubler les implantations du Golan (lequel et avec quels colons ?).

[30] i24NEWS, « LIVE BLOG I Israël a mené une attaque contre des navires de la marine dans le port de Lattaquié, au nord-ouest de la Syrie (médias) », 9 décembre 2024.

[31] Cf. Davide Frattini, « Israele nella zona cuscinetto del Golan I raid et il timore per le arme chimiche », Corriere della Sera, 9 dĂ©cembre 2024 ; Guillaume de Dieuleveult, « Bombardements, troupes au sol : les IsraĂ©liens Ă  l’offensive sur le territoire syrien », Le Figaro, 11 dĂ©cembre 2024.

[32] « FreudenschĂŒsse und PlĂŒnderungen », FAZ, 10 dĂ©cembre 2024.

[33] i24NEWS, 12 dĂ©cembre 2024, « l’opĂ©ration “FlĂšche du Bashan” dĂ©truit 90% des capacitĂ©s stratĂ©giques syriennes ».

[34] « Wie Irans FĂŒhrer Assads Sturz erklĂ€rt », FAZ, 12 dĂ©cembre 2024 à  propos du discours de Khamenei le 11 dĂ©cembre ;  A.Ni., « Khamenei accusa “È stato complotto di Israele e Stati Uniti” » E promette resistenza », Corriere della Sera, 12 dĂ©cembre 2024.

[35] i24NEWS, 10 dĂ©cembre 2024, « L’Iran confirme le retrait de ses forces de Syrie aprĂšs la chute d’Assad » : les dirigeants des gardiens de la rĂ©volution confirment que les conseillers militaires iraniens Ă©taient prĂ©sents jusqu’à la veille de l’évĂ©nement.

[36] Cf. Friedrich Schmidt, « FĂŒr Putin ein Zeichen der SchwĂ€che », FAZ, 9 dĂ©cembre 2024.

[37] Cf. Guido Olimpio, « La mano ucraina (e i suoi droni) ai ribelli siriani Indizi, dubbi e propaganda », Corriere della Sera, 12 décembre 2024.

[38] Cf. Marco Imarisio, « Putin “Sono pronto ai negoziati, ma prima a Kiev si voti” », Corriere della Sera, 20 dĂ©cembre 2024.

[39] Cf. Claudia Bröll, Friedrich Schmidt, « Russische Zeitenwende », FAZ, 12 décembre 2024.

[40] Impossible de penser que les attaques israĂ©liennes sur zone aient pu ĂȘtre effectuĂ©es sans l’aval discret du Kremlin, par exemple Ă  Tartous dans la nuit du 15 au 16 dĂ©cembre, cf. « Syrie : des frappes israĂ©liennes “comme un tremblement de terre” prĂšs de Tartous », L’Orient-Le Jour/AFP, 16 dĂ©cembre 2024.

[41] Cf. Guido Olimpio, « Siria, i russi preparano i cargo Primi segnali di smobilitazione », Corriere della Sera, 15 décembre 2024.

[42] Cf. Alain Barluet, « L’équilibrisme de Moscou pour prĂ©server sa place dans le jeu syrien », Le Figaro, 12 dĂ©cembre 2024

[43] Cf. Tanguy Berthemet, « Al-Joulani,  l’ex-djihadiste qui se rĂȘve homme d’État », Le Figaro, 10 dĂ©cembre 2024.

[44] Cf. Christoph Ehrhardt, « Pragmatische Islamisten und Vasallen Erdoğans », FAZ, 3 dĂ©cembre 2024.

[45] Cf. Apolline Convain, « À Damas, l’espoir fragile d’une nouvelle Ăšre pacifique », Le Figaro, 10 dĂ©cembre 2024.

[46] Cf. Apolline Convain, « À Idlib, vitrine du nouveau pouvoir syrien, “on vit proche du Coran” », Le Figaro, 13 dĂ©cembre 2024.

[47] Entretien avec le Corriere della Sera, « “Garantiremo i diritti di tutti i popoli siriani I profughi ritornino” », 11 dĂ©cembre 2024.

[48] Cf. Georges Malbrunot, « En Syrie, les premiers pas difficiles de la transition politique », Le Figaro, 12 dĂ©cembre 2024 : deux tests, l’alcool et la mixitĂ© dans les Ă©coles.

[49] Cf. « Er traut den neuen Herrschern nicht », FAZ, 16 dĂ©cembre 2024 : les alaouites de la montagne cĂŽtiĂšre (noyau de leur clan) sont partagĂ©s entre la peur d’un rĂ©gime islamiste et une colĂšre folle contre la dictature d’Assad qui les a trompĂ©s et abandonnĂ©s ; Louis Solal, « À LattaquiĂ©, le sauve-qui-peut des partisans de Bachar el-Assad », Le Figaro, 18 dĂ©cembre 2024 : les opposants crient vengeance.

[50] Cf. Gian Guido Vecchi, « Padre Firas Lufti “Per noi cristiani attesa e angoscia, speriamo di non finire come l’Afghanistan” », Corriere della Sera, 11 dĂ©cembre 2024.

[51] Cf. Georges Malbrunot, « Dans la Syrie post-Assad, Ă©viter le spectre d’un chaos Ă  l’irakienne », Le Figaro, 9 dĂ©cembre 2024. Pour une vision globale de l’histoire syrienne, voir Lorenzo Trombetta, Siria Dagli ottomani agli Asad. E oltre, Mondadori Education, deuxiĂšme Ă©dition 2014 (2013).

[52] « L’État islamique attend le chaos et prĂ©pare son retour », Le Figaro, 11 dĂ©cembre 2024.

[53] Cf. Amaury Coutansais-PervinquiĂšre, « “L’armĂ©e nationale syrienne”, ce groupe rebelle soutenu par la Turquie Ă  la manƓuvre en Syrie », Le Figaro, 8 dĂ©cembre 2024 ; « Kurden geraten in Syrien unter Druck », FAZ, 13 dĂ©cembre 2024.

[54] Cf. Entretien d’Alexandre Devecchio avec Gilles Kepel « La chute de Bachar el-Assad est la manifestation cruciale d’un bouleversement du monde », Le Figaro, 9 dĂ©cembre 2024.  Les forces armĂ©es du rĂ©gime Ă©taient Ă©puisĂ©es et nombre de dĂ©sertions enregistrĂ©es, y compris chez les alaouites lesquels expliquaient ĂȘtre fatiguĂ©s de se battre pour el-Assad », Christoph Ehrhardt, Friederike Böge, Friedrich Schmidt « Assads Truppen sind ausgezehrt », FAZ, 12 dĂ©cembre 2024. Andrea Nicastro, « Bidoni, impianti e guardie armate Nell’ex fabbrica del Captagon, droga di regime », Corriere della Sera, 15 dĂ©cembre 2024 : entre 5 et 30 milliards annuels de chiffre d’affaires ; le rĂ©gime d’Assad et le Hezbollah avait accaparĂ© 80% du marché ; le flĂ©au de la « cocaĂŻne du pauvre » pesant sur les sociĂ©tĂ©s arabes voisines, en particulier dans le Golfe ; une fermeture de semblables usines renforcerait naturellement la crĂ©dibilitĂ© du rĂ©gime de transition en Syrie au moment oĂč il va solliciter de l’aide financiĂšre pour la reconstruction du pays. Avant tout parce que le pays se trouve maintenant dans un Ă©tat lamentable, cf. Sibylle Rizk, « Un pays en ruine face Ă  des dĂ©fis colossaux », Le Figaro, 18 dĂ©cembre 2024 : PIB estimĂ© en mai Ă  quelque six milliards de dollars par la Banque mondiale, soit 10% de son niveau de 2010 ; exode d’un tiers environ des 22 millions de Syriens de 2011.

[55] Cf. Fabrice Balanche, « Vers la fin de l’entitĂ© kurde en Syrie », Le Figaro, 13 dĂ©cembre 2024  que nous suivons : Deir ez-Zor et la rive droite de l’Euphrate, briĂšvement occupĂ©e par les FDS aprĂšs le dĂ©part des milices pro-iraniennes et de l’armĂ©e syrienne, ont Ă©tĂ© rapidement reprises par diffĂ©rentes factions arabes liĂ©es au nouveau rĂ©gime de Damas ; en ligne de mire, les riches champs pĂ©troliers d’al-Omar (70% de la production syrienne, contrĂŽlĂ©s par les FDS et les troupes amĂ©ricaines depuis 2017) sur la rive orientale de l’Euphrate ; les populations arabes supportaient le pouvoir kurde parce qu’elles ne voulaient pas retomber sous le joug de Bachar, mais ont voulu dĂ©sormais rejoindre Damas. Le chaos entraĂźnĂ© par l’« ANS » dans les villes conquises s’est illustrĂ© par des scĂšnes de mise Ă  sac, d’exĂ©cutions sur le terrain et de tortures.

[56] Cf. Guido Olimpio, « La retrovia iraniana, le mosse di Erdoğan: quali sono gli attori e gli scenari della crisi », Corriere della Sera, 12 dĂ©cembre 2024.

[57] Cf. Christoph Ehrhardt, « Das Leben soll weitergehen », FAZ, 13 décembre 2024.

[58] Pour les actes inhumains et trĂšs organisĂ©s d’une sauvagerie inouĂŻe dans les prisons syriennes, cf. Andrea Nicastro, « Dalle bende alle torture : il vocabolario dell’inumano delle carceri del regime », Corriere della Sera, 14 dĂ©cembre 2024. Id., « Trovata un’altra fossa comune “Almeno 100 mila siriani sepolti” », Corriere della Sera, 18 dĂ©cembre 2024 ; id., « I massacri di Hafez e il sarin di Bashar  I 50 anni di crimini contro l’umanitĂ  del clan Assad Durante la guerra civile 500 mila morti L’Onu : i criminali di guerra sono 4 mila », ibid.

[59] i24NEWS, 17 dĂ©cembre 2024, « Golan : des villageois et des rebelles syriens remettent des armes chimiques d’Assad Ă  IsraĂ«l » : Des habitants et combattants de l’opposition transfĂšrent aux forces israĂ©liennes d’importants stocks d’armement, dont des agents chimiques !

[60] Sur le Hamas, voir le riche ouvrage de Paola Caridi, HAMAS Dalla resistenza al regime, Milan, Feltrinelli, 2023 (2009). En tout cas, la thĂšse d’un Hamas Janus bifrons avec une organisation extĂ©rieure raisonnable et une milice intĂ©rieure radicale a dĂ©finitivement fait faillite. Au contraire, le Jihad islamique s’en va, i24NEWS, 6 dĂ©cembre 2024, « La direction du Jihad islamique fuit la Syrie aprĂšs la chute du rĂ©gime Assad ».

[61] Cf. Guido Olimpio, « Dall’Isis al Kurdistan I 4 fronti ancora aperti dopo la caduta del rais », Corriere della Sera, 10 dĂ©cembre 2024 : les ayatollahs, bien qu’agacĂ©s, ont encaissĂ© cette position du Hamas pour maintenir l’axe avec la rĂ©sistance palestinienne ; ce qui n’est pas le cas du Hezbollah dont les dirigeants parlent d’une « phase dangereuse ». Peut-ĂȘtre la chute d’Assad en Syrie contribuera-t-elle Ă  un rĂšglement de la question des otages israĂ©liens d’un Hamas trĂšs affaibli et de plus en plus isolĂ©. Et Giusi Fasano, « Operazione Anp contro i jihadisti Il doppio segnale di Abu Mazen, Corriere della Sera, 15 dĂ©cembre 2024 pour l’opĂ©ration de sĂ©curitĂ© Ă  grande Ă©chelle dĂ©clenchĂ©e par l’AutoritĂ© nationale palestinienne (ANP) Ă  JĂ©nine au nord de la Cisjordanie avec d’intenses affrontements et la mort du commandant Yazid Jaysa, responsable de la Brigade de JĂ©nine du Jihad islamique ; celle-ci constitue bien sĂ»r un message de lutte contre le terrorisme et l’extrĂ©misme en direction de l’Occident – et du Hamas ; c’est Ă  l’ANP d’assurer la direction de la bande de Gaza, sans pour autant exclure cette derniĂšre organisation, mais elle ne doit pas participer au gouvernement.

[62] Cf. Gian Guido Vecchi, « “Indagare se a Gaza Ăš genocidio” Israele replica al papa : noi le vittime », Corriere della Sera, 18 novembre 2024 ; id. « “Sul genocidio a Gaza il Papa voleva soltanto denunciare i fatti : atroci” », Corriere della Sera, 19 novembre 2024 ; « I rabbini italiani “Ma gli aggrediti non sono gli aggressori” », ibid. ; Paolo Conti, « “Un’escalation le critiche del Papa  Parlare di genocidio a Gaza Ăš rischioso” », Corriere della Sera, 20 novembre 2024.